La paix en soi...

Publié le par Tazouphi




Le désarmement extérieur passe par le désarmement intérieur.

Le seul vrai garant de la paix est en soi.

 

Dalaï Lama

 

**********

 

J’ai grandi en taisant tout. Les injustices avec ma sœur (je me plaignais), les chamailleries amicales (je les cherchais sûrement), mes révoltes, mes désaccords. Je ne pouvais pas les dire. Les exprimer n’aurait servi à rien.

 

Tout était de ma faute, de toute façon. Et j’étais fautive a priori.

 

Ma sœur à la différence de moi avait un tel masque d’assurance et de passivité que ma mère lui donnait le bon Dieu sans confession. A priori. Adolescente, elle a fait les pires expériences, elle mentait, elle biaisait, mais elle savait y faire. Elle leur cachait tout.

 

Moi, je n’ai jamais su mentir et j’ai toujours eu peur de ma mère. Pourquoi ? Sûrement que j’avais peur qu’on me laisse  . Une peur viscérale d’être abandonnée. Qui faisait que j’étais incapable de mentir, incapable de cacher quoi que ce soit et comme je n’étais pas du tout sûre de moi, j’étais incapable de discuter avec elle sans partir en larmes.

 

J’excédais ma mère… Elle me jugeait « faible ». Alors pour m’endurcir, elle m’en faisait baver des ronds de chapeau.


On me l’avait dit petite, puis moins petite : « Tu as le droit de ne pas être d’accord et de le dire mais tu feras ce qu’on te dit ! ». J’ai écouté, j’ai compris et j’ai agi en conséquence.

 

Etre d’un avis différent de celui de ma mère la mettait en colère. La colère déformait tellement ses traits que la peur inévitablement s’invitait. Rapidement, j’ai appris à me taire. Et c’est devenu, rapidement, une réalité, quelque chose avec lequel je vivais. Mes désaccords enfouis, mes révoltes éteintes dans l’œuf et agir pour le bien, pour le mieux, pour faire plaisir même si je n’en avais pas envie. Je me devais d’être parfaite, pour éviter de m’attirer les foudres, éviter simplement de faire des vagues. Toutes celles que je faisais a priori, autant que les idées qui auraient pu me venir…

 

J’ai appris à tout garder à l’intérieur. Je me suis renfermée sur moi-même, en gardant une certaine propension à la dérision, l’ironie. J’étais le clown, tout le monde aimait bien ça. J’ai appris à rire de moi. Et en riant de moi, je faisais rire les autres…

 

C’est ainsi que je suis devenue, petit à petit un animal sauvage. Ceux que l’on caresse et que l’on tape ou gronde a priori, alors que la moindre idée de faire du mal ou de faire dans le mauvais sens, ou de mentir, ou d’être perverse est à des années lumières de cet animal-là. Il est pur, il est profondément doux, profondément innocent et on lui prête constamment les bêtises d’une autre, des idées qu’il n’aurait jamais…

 

Ce n’était pas constant. Il y avait des moments de calme, des moments d’apaisement, mais les autres instants de piques et d’injustices apparaissaient toujours par surprise, comme ça, sans que je m’y attende et c’était pour moi, toujours pour moi…

 

Je suis devenue susceptible. Beaucoup. Je réagissais avec hargne à la moindre phrase ironique, au moindre sous-entendu. Je sortais les griffes haineusement pour mieux me défendre. Constamment sûre d’être attaquée.

 

Je n’ai jamais connu la paix. J’attendais toujours le jugement faussé.

 

Comme l’hostilité était un environnement que je maîtrisais, je m’y suis engouffrée et ce fut aussi la réalité de mes relations humaines. J’avais appris à agir pour faire plaisir, pour ne pas écoper des vagues, mais lorsque les colères surgissaient, je savais de toute façon, comme par le passé, que c’était de ma faute, a priori. Sûrement que j’avais une tête de fautive…  J’ai continué à taire mes avis divergents, à taire mes aspirations, taire mes « non ». C’était comme ça et j’avais l’habitude. Je renfermais le tigre intérieur. Je le maintenais en cage. J’essayais tant bien que mal de retenir ses griffes. Parfois, la susceptibilité ressortait par piques défensifs, déplorables… Quelqu’un qu’on ne laisse jamais s’exprimer dans ce genre d’émotions de colère et d’injustice permanente ne sait pas aligner trois mots sans pleurer ou sans renoncer finalement, à cours d’arguments probants.

 

Il étouffe ses sentiments. Il les garde et les entretient à l’intérieur. Sans jamais les laisser sortir !

 

J’étais un soldat armé en permanence, le casque sur la tête, le bouclier au bras, armé pour recevoir les coups, point formé à les distribuer ! En embuscade permanente, effrayé par les batailles parce qu’il n’est pas formé à les livrer… Il a peur. Peur constamment des autres et de lui-même parce qu’il sait, a priori qu’il sera incapable de faire quoi que ce soit pour sa propre défense, sa propre sécurité. Il vit tourné vers les autres, pour les aider, pour les aimer. Que peut-il faire pour lui-même ? Il est incapable de délimiter le territoire minimum pour sa propre sécurité. Les limites sont sans cesse dépassées, il est incapable de les poser, d’arrêter une bagarre verbale qui commence… Il enfile son casque, se cache derrière son bouclier, derrière sa barricade intérieure. Il entend la violence des coups (du verbe). Il les sent. Il est formé à les encaisser, les enfermer, les retenir…

 

Il est profondément pacifiste. Il est fait pour aimer, donner de la douceur et de la paix. Pourquoi ? Pourquoi lui demande-t-on toujours d’entrer en guerre ? Les joutes verbales interminables ? La haine ? La méchanceté ? Il n’est pas de taille !

 

Pendant 20 années on a tenté d’en faire un animal de combat, un pit-bull. J’ai été élevée dans une sorte de conflit permanent avec ma sœur, de jalousie et d’envie. Rapport instauré par ma mère, sans le faire exprès et continué par nous deux. Ma sœur jouant le bourreau et moi la victime, verbale… Dénigrements, moqueries, insultes… Et moi, gentil toutou : en agissant ainsi elle s’intéressait à moi, j’en rajoutais, j’en redemandais, langue pendante et queue remuante… Même si, pour jouer, j’écopais de coups au cœur, c’était mieux que l’indifférence ! Mieux que rien…

Cette réalité d’enfant et d’adolescente est devenue mon schéma intérieur de fonctionnement dans les rapports humains ou amoureux. Tendant l’autre joue, gardant pour moi mes jugements contraires, mes objections fondées, mes révoltes, mes avis, jurant le mea culpa et m’excusant de tout juste pour mettre fin à la kyrielle de mots violents pour voir revenue une paix tronquée. Une paix sur un désert…

 

Echappée, rescapée sur mon île belge, mes deux petites merveilles à mes côtés, j’ai trouvé la coach qui m’aiderait à comprendre le pourquoi… Le comment de ces réalités de rapports humains basés sur le dénigrement de moi-même, comme si je devais m’excuser en permanence d’usurper une place en ce monde. Une place qui n’était pas pour moi…

 

Cette bête rentrée qui ressortait en un Taz époustouflant de violence, qui me faisait trembler de haine, de colère et ne trouvant jamais les mots pour m’en libérer. Jamais apaisée, toujours tapie, dans l’ombre, prête à surgir et prendre ma place…

 

Après un an et demi d’intense travail sur moi-même, j’ai tout compris de celle que j’avais été, du pourquoi, du comment. J’ai compris mon chemin. Cette voie qui était, selon mon parcours, inévitable… J’ai compris les difficultés d’être mère. J’ai pardonné à mes parents, à ma sœur. J’ai compris que la famille est somme toute, une chose bien compliquée, qui nous aide à grandir, qui nous forme, nous élève. Personne n’est responsable de ce que l’on va faire des exemples reçus, des leçons de vie apprises. Chacun suit son chemin « comme il peut ». L’essentiel c’est de savoir que l’on PEUT. On peut parvenir à s’aimer, à s’estimer, à trouver la confiance en soi qui fait défaut et qui est si essentielle pour suivre son parcours.

 

On peut guérir de tout, il faut juste accepter de tout revisiter. C’est un voyage merveilleux. J’aime faire ce voyage qui me mène à MOI.

 

Moi, telle que je me suis toujours rêvée. Sans os à ronger. Sans chercher de coupable a priori à mes propres empêchements, à mes propres démons, à mes propres erreurs. Il n’y a pas de coupables. Certaines causes ont eu des conséquences mais il n’y a pas de fautif. On n’est pas maître de ce que l’on reçoit, de la façon dont on réagit en accord ou en contradiction. On fait « comme l’on peut »… Et à aucun moment c’est une liberté d’agir.

 

Aujourd’hui, je me sens libérée. Enfin, pas encore tout à fait. Je suis sur le point de mettre un point final à mon passé. Le divorce est pour bientôt. Je retrouverai mon nom, différent de celui des filles. Comme une nouvelle vie possible, la parenthèse enfin refermée !

 

Je suis si différente, désormais, si apaisée !

 

Le guerrier tapi a rendu les armes.

 

Pacifiste il est. Pacifiste il restera. Plus personne ne l’oblige à mener une guerre qu’il ne veut pas !

 

Je connais enfin la douceur, les rapports d’égal à égal. Le partage…

 

Je suis enfin une et indivisible, entière. MOI.

 

Le Taz est encore là. Bien moins sauvage, il n’est qu’une résultante d’un agacement, une futilité qui n’est plus déterminante. Ressenti, mis en mots et qui s’éteint, aussi vite qu’il est apparu.


Aujourd’hui, je suis en paix. 
 

Et j’aime éperdument celui auquel je M'offre, celui qui m'a tant aidée, par ses commentaires salvateurs, à trouver MA paix. Celle qui me permet enfin d'aimer librement, sans cette peur constante au ventre, sans plus vouloir ériger de défenses... Aimer, être aimée...

En confiance...

En paix.

 

 

 

Tazounette

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S
Hum...tant de choses semblables à ce que j'ai vécu et vis encore...c'est effarant. Après 4 ans de thérapie, je n'arrive pas encore à pardonner à ma famille, je n'arrive pas encore à me trouver Moi et il m'arrive encore parfois de m' "excuser de vivre". Moi aussi, je suis aidée par une personne que j'aime mais c'est si compliqué...Trouver la paix...ce but me semble si lointain la plupart du temps.<br /> Pour ma part, après le divorce, j'ai gardé mon nom de femme mariée...Je préfère celui-là plutôt que de retrouver celui qui fut mon identité première et que j'ai tant de mal à accepter. Et puis c'est le même que ma fille et ma fille, c'est ma plus belle réussite :-)<br /> En tous les cas, je suis très heureuse pour vous du chemin que vous avez parcouru et de ce que vous y trouvez au final !
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T
<br /> <br /> Avant toute chose, Sixteene, nous te souhaitons la Bienvenue. Ensuite, je ne connais pas ton parcours, ni par quoi tu es passée. Sûrement que pour moi, le "pardon"<br /> était moins difficile à donner que toi...<br /> <br /> Comment dire, j'ai estimé que si ma mère (essentiellement, mon père travaillait beaucoup donc je l'ai jugé moins fautif...) avait agi comme cela envers nous, ce n'était pas sans raisons. J'ai<br /> donc tenté de comprendre SON parcours. Ce qu'elle avait reçu de ses parents... Je pense que cela explique beaucoup de choses.<br /> <br /> Disons que d'après l'exemple qu'elle a reçu, dans sa famille on lui a appris à aimer les garçons, et pas les filles. Seule fille avec deux frères adulés, elle plutôt raillée...<br /> Elle a dû mériter sa place dans sa famille et cela s'est fait au détriment de toute une zone d'affectif rabroué. Du coup, une fois qu'elle a eu ses propres filles (2), je<br /> pense qu'elle s'est trouvée déstabilisée, ce n'était pas le schéma dans lequel l'amour pouvait s'exprimer ou se montrer librement, c'était davantage un environnement conflictuel. Une fois<br /> que mon frère est né, cela a été très différent. Mon frère n'a pas eu la même mère que nous. <br /> <br /> Mais une fois que j'ai tout expliqué et compris le pourquoi des choses, j'ai pardonné à ma mère. Elle n'était pas fautive de l'exemple qu'elle avait reçu et tout le monde n'est pas apte<br /> à distribuer de l'amour sans une certaine structure intérieure... Bref.<br /> <br /> Tout dépend de la thérapie suivie. Pour moi, la méthode est l'Analyse Transactionnelle et je conseille vivement cette méthode. C'est essentiellement tourné vers SOI et sa propre façon<br /> de percevoir le monde depuis l'enfance et la façon dont on se crée soi-même des automatismes d'action ou de réaction pour être aimé de ses proches. Certains, voire beaucoup de ces<br /> automatismes sont néfastes...<br /> <br /> On ne cherche pas seulement à connaître les faits et "qui est à l'origine", mais "pourquoi" et "comment" se permettre d'agir et de ressentir différemment. Cette thérapie m'a libérée car<br /> la méthode choisie était la bonne. <br /> <br /> Bon courage dans ton parcours, Sixteene, j'espère que tu t'apaiseras avec le temps. C'est la chose la plus salvatrice que de ne plus être en guerre avec soi-même, avec les<br /> autres... <br /> <br /> <br /> <br />
C
J'adore...vraiment...
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T
<br /> Cool ! ;o)<br /> <br /> <br />
M
Waouhhh!!!Une fois de plus tazounette quel sublime texte.On ressent tant de force dans ce texte.Quel chemin parcouru pr en arriver là aujourd'hui.Ta coach t'a bcp aidé apparemmentà trouver les réponses à tes questions et tu sembles aujourd'hui liberée.Je suis si contente du chemin que prend ta vie te savoir simplement heureuse amoureuse confiante en toi, en l'avenir, en ton homme, il est là le bonheur non?<br /> Trouver la paix intérieure pr pouvoir enfin vivre sereinement il est là le vrai chemin...Sûrement...J'aimerai tant avoir ta force tazounette.<br /> Je t'embrasse et j imagine comme tu dois avoir hâte de serrer tes puces dans tes bras.
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T
<br /> <br /> Merci Marylou... Tu sais, pour la force, c'est vraiment lorsqu'on traverse une mauvaise passe qui dure et qu'on parvient à la régler, en allant doucement, à son<br /> rythme et en posant chaque pied après l'autre. C'est lorsqu'on se retourne, qu'on se rend compte. Quand on est en train de marcher, on se dit que tout est bien, bien long... Oui, pour le bonheur,<br /> c'est cela, la paix intérieure, la confiance, l'Amour avec un A démesuré... Ce sont des millions de petites choses qui une fois réunies toutes ensembles nous font dire à quel point il a fallu de<br /> la chance pour que tout ça se rejoigne au bon moment !!! Quel pied !!!  ^_^<br /> <br /> <br /> <br />