What else ?
L’échange des petites avait lieu un soir dans le parking froid d’une résidence de standing, donnant l’occasion d’une situation surréaliste comme la vie sait les faire naître d’un rien. Imaginez déjà, le Papa et la Maman des filles, forcément, ensuite, la fiancée du Papa (celle qui reste – l’autre étant en quarantaine punitive pour infidélité (relire la phrase plusieurs fois, elle est subtile et drôle, en fait !)), le fiancé de la Maman (ma pomme, mal à l’aise d’avoir à côtoyer celui-qui), les filles en pyjama et enfin, les doudous, empoignés par les oreilles, et balayant la dalle de béton lissé de leur petit corps de tissu éponge élimé.
Un vieux reste d’éducation prend le dessus, et quelques sujets de conversation viennent entre les meneurs de jeu pour habiller le moment de banalité, plutôt que d’un silence pesant. Les seconds respectifs piochent également dans leurs bonnes éducations respectives pour surmonter leur vague sentiment de ne pas être à leur place, ici, et pour se rappeler que la règle principale, pour tenir une conversation, est de ne pas répondre bêtement « oui » ou « non », mais d’enrichir la réponse pour que l’interlocuteur qui a la politesse de mener la conversation, puisse à son tour rebondir, et que le tout prenne une tournure naturelle qui permette à chacun de sauver la face. Faire du bruit pour ne pas sentir l’incongruité. Bref.
La conversation polie file donc doucement, sur la météo, notre temps de route, l’état de fatigue ou de forme des petites, leurs espiègleries et leurs occupations durant le week-end. Et là, d’apprendre que l’aînée, dont ni sa Maman ni moi ne doutons de l’éveil, a regardé la vie des Tudors sur la BBC, en anglais, donc. La première surprise passée, soit.
La bonne règle suscitée nous amène donc à essayer de trouver des raisons à cette vérité dont il serait inopportun de douter, et même si nos propres hypothèses nous semble autant hasardeuses que capillotractées, nous voilà à disserter sur le probable attrait des robes de princesses et de rois, pour cette petite fille francophone - pieux mensonge en vérité, confit de politesse, puisqu’il y a fort à parier que si le docu-fiction était bien fait, et à n’en pas douter il l’était, gage de la BBC aidant, les costumes n’avaient sans doute rien à voir avec celui de Cinderella before midnight (in english). Déjà embarrassé d’avoir à broder aussi lourdement sur ce surprenant engouement que le bon sens commun attribuerait plus simplement à la facilité de se laisser bercer par cette hypnotisante boîte à images (pour preuve la passion à bouche bée de cette même petite fille pour le sino-britanique karaoké kitsch du bouiboui chinois belge qui nous ravitaille après ou avant les courses), nous voilà promptement corrigés : en fait, non, l’aînée aime l’anglais et a tout écouté attentivement.
Ah.
L’histoire retiendra que la conversation a glissé sur le sujet suivant, par politesse, laissant ses certitudes à ce Papa magnifique.
Phin.