Mondes parallèles (3/4)

Publié le par Phin

 

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Et c’est en narrant les saveurs sucrées et piquantes des sandwichs longs et farcis d’oignons crus du Temps Libre qui faisait l’un des coins de la si parisienne Place de la République, ô ancien temps, que nous reprîmes notre marche, poussés vers ce bout d’avenue par le maigre espoir d’y voir cet agressif principe commercial nous sauver la mise… Je sentis dans ma main, ou est-ce la mienne qui, de joie, imagina cela, un soulagement, un relâchement, une gaieté soudainement revenue quand l’enseigne jaune et lumineuse du Clown apparut, signalant fièrement que lui était ouvert, encore, et ce jusqu’à l’heure fatidique du parking souterrain. Nous entrâmes, soulagés et décidés.

 


Peu de monde, et si nous changeâmes de file, c’est uniquement pour conjurer la malédiction partagée de choisir immanquablement la file qui n’avance pas pour cause, à part égale, d’impéritie crasse du préposé (le jugement d’allure, en tant qu’élément primordial d’intersubjectivité client-préposé, est une donnée ignorée par les managers eux-mêmes qui laissent faire, et sous vos yeux ahuris se joue le plus souvent l’expression molle ou agressive même, d’une motivation zéro, à faire déprimer un puceau la veille du grand jour) ou de clients casse-couilles (le menu ok, mais une salade à la place des frites, et la boisson, mais sans les glaçons, sinon ça donne la déripette, et puis le sandwich, mais sans le ketch-up et sans les cornichons, et sans la salade non plus, mais avec les oignons, et la sauce béarnaise à la place du ketch-up, et sauce gribiche, pour les frites, c’est pas possible ?).

 


Soumis (tous les deux) avec flegme (surtout moi) à cette inévitable dilution du temps, mon regard vagabondait sur mes contemporains, plutôt jeunes, grosso modo mixtes, et ce regard curieux mais bien trop lointain pour rompre la solitude qui le porte, tomba sur une jeune fille sortant de l’ordinaire, parée d'un signe distinctif classieux, et je ne résistai pas au plaisir de partager ma trouvaille avec l’Elue de mon cœur, partageant avec Elle, entre autres choses le goût des brun… oui bon, bref, et des contemporains atypiques de tous poils. Bien que pas difforme, elle échappait à nos mes critères, et c’est à la seconde catégorie que mon interpellation se rangeait.

 


Cette jeune fille, grassouillette sans être ronde, replète disons, était moulée dans un pantalon de toile taille basse à coupe jeans et un petit haut court, laissant voir les rebonds tout en chaire des hanches, d’un petit ventre, d’un nombril, et… et c’est là l’objet de ce billet, le reste n’est au final qu’introduction et décor, non pas les ficelles de son string remontant sur ses hanches, c’est has been sans doute, mais les marques de bronzage du string de bain qu’elle n’avait pas manqué de porter sur la plage ou sur le bord de la piscine. Le reste était à l’avenant, chaussure en sky brillante et haute, maquillage de cagole, un air inspiré de Madone des banquettes arrière, de Princesse hip-hop à petite vertue, le tout affublé comme il se doit du parfait branleur de banlieue en guise de Prince Consort.

 


J’aime par-dessus tout ces observations à la volée de mes contemporains, de ces impressions saisies dans les fractions de secondes qui n’auront pas de suite et de la richesse des échos de ces instants, des effets produits et finalement, par le simple fait de m’interpeller, de me montrer le monde, l’enrichissement qu’il provoque, parfois teinté de doute, souvent quand-même, confirmant mes options et choix. Et je vous livre là, donc, ces échos provoqués par ce moment à priori d’une vacuité confondante, mais qui, par le regard que je pose dessus, prend des allures de questionnement intérieur, petitement, selon le bon vieux principe que tout grain est bon à moudre pour faire fonctionner sa subjectivité, sa curiosité, son étonnement, quand bien même aucune conclusion majeure ne sortirait du moulin – et sur le présent sujet, cela me paraissait probable, hautement probable, oserai-je dire certain !


(à suivre...)

Phin.

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