Mondes parallèles (1/4)

Publié le par Phin

 


Nous sortîmes du cinéma avec la faim, à double titre, d’ailleurs. L’une cinématographique, confuse déception de la fin en eau de boudin (de mauvaises lectures charcutières m’influencent), abrupte et courte, de Harry Potter et le Prince de Sang Mêlé, et l’autre tripière (mauvaises lectures vous dis-je), concrète, brutale et partagée, bêtement physiologique. The fringale. Ne pouvant rien faire pour solder la première, pas même espérer la suite, qu’un épuisement à traiter le sujet laisse plus redouter qu’espérer, nous décidâmes de nous consoler en tordant la deuxième. Au milieu des clignotements d’un Bruxelles by night, tous les espoirs nous étaient permis.


L’heure tardive et la voiture au parking fermant à une heure du matin, nous optâmes au plus simple pour une de ces restaurations rapides honnies par le diététiquement correct, que nous fréquentons à l’occasion, quand le temps et les autres solutions manquent. Au registre des poisons, le Clown a notre tacite (unisson oblige) préférence, peu importe la raison, de goût ou de dressage addictif, mais dans l’urgence de cette faim qui nous tenaillait, exténués de nos folles courses en ballets, des chassés croisés amoureux à couper le souffle et à peine désaltérés par la demi-gorgée de chance liquide, pour une fois, le concept Viiite semblait tenir sa revanche : dans l’avenue qui se déroulait sous nos pas, point de Clown, mais un Viiite, là, de l’autre côté, sur le trottoir d’en face ! Nos regards se croisèrent. La faim de prédateur dans le Sien, la faim de midinette dans le mien, ou l’inverse, je ne sais plus, bref, nous nous accordâmes sur ce choix, suivant le vieil adage d’un Viiite vaut mieux que le Clown tu auras.

 


Dans cette avenue passante et animée de Bruxelles, sur le seuil de ce passage piéton menant au Viiite objet de notre dévolu, peut-être rassurée par les tenailles de la faim bientôt desserrées, Elle me parla en souriant, Sa main dans la mienne, de bonheur, je crois, d’amour, de Son amour pour moi, je crois, du fait qu’Elle était heureuse avec moi, je crois, de Son divorce qui ne s’annonçait finalement, heureusement, qu’une formalité d’officialisation d’un modus vivendi déjà rodé, et de cette nouvelle page blanche qui s’offrirait à Elle, bientôt, rapidement, viiite, et sur laquelle nous pourrions écrire alors, nous, les vraies pages, les belles pages, nos pages…

 
(à suivre...)

Phin.

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