Etincelles et Emerveillement...
C'était un week-end de vacances pendant lequel il a tenu ses promesses.
Au détour d’une ardoise pleine de traits verticaux et horizontaux. Le nombre de traits restés sur ce mini tableau noir est proprement indécent. Et c’est au moment de poser l’ardoise sur la cheminée de la chambre qu’il m’a demandé de mettre en mots l’instantané, la fulgurance. Ces pics fulgurants que l’on ressent dans l’instant, qu’on voudrait rendre bien plus long, et qu’on répète à l’infini parce qu’on n'a pas encore trouvé en soi la ficelle à tirer dans ce jeu dont les secrets me sont encore un peu cachés. Alors on le répète, sans s’en lasser. Et loin de diminuer, il progresse. Les pics sont plus hauts et l’intensité grandit de même…
Il m’est possible aujourd’hui de trouver une équivalence. Jusqu'à présent, impossible d’y mettre des mots, c’était une « chose » qui n’existait pas. Un fantasme. Une zone inconnue de moi-même, revêche à se dévoiler enfin. Aujourd’hui et depuis quelques mois, je découvre ce plaisir qui obsède tant les médias, cette « chose » à obtenir à tout prix, alors que tout est si intérieur et si mystérieux…

La meilleure image, pour moi, c’est le feu d’artifice.
Aussi long qu’il soit, à chaque progression des bouquets de pétards et autres fusées multicolores on croit arrivé le bouquet final. Il peut durer une grande demi-heure, toutes les dix minutes on est persuadé qu’il est déjà là. Tellement les lumières sont flamboyantes, l’assemblage minutieux magnifique et le résultat si parfait. Et pourtant non, il continue ! Ca part dans tous les sens de plus belle, on ne sait plus où regarder... Chaque bouquet étant plus beau, plus intense, plus mirifique que le précédent.
Le feu d’artifice.
Lorsque j’en regarde un, je n’ai d’un seul coup plus d’âge.
Je suis tout à la fois la gamine sur les épaules de son père qui en regardait un pour la première fois, devant un restaurant, les bouquets de lumière se reflétant dans la mer, à Antibes, au cœur de la nuit alors qu’il était si rare de se coucher tard…
L’adulte d’aujourd’hui, qui en profite du balcon de son amoureux, vue imprenable sur le petit port au bord de la Loire, là, tout près de mon amoureux, il me semble les re-découvrir pour la première fois. Ceux-là, et tous les autres, ceux partagés dans l'intimité se montrent enfin, sans limites. La confiance. Là se trouve la véritable clé... Probablement aussi, que mes deux petites filles ne sont pas étrangères aussi à ce bouleversement. J’ai tant de choses à leur transmettre, dont l’émerveillement, tout comme leur apprendre qu’il y a en ce monde peu de plaisirs offerts, peu de raison de se réjouir, comparé à tout ce que la vie peut inventer pour nous empêcher d’avancer ou nous plier, refuser alors de leur transmettre avec l’idée de chair et de charnel, la culpabilité, la honte ou un tabou quelconque, bagage obligatoire d’une culture judéo-chrétienne qui redoute le naturel et l’instinct, dans laquelle baignait souvent nos parents ou nos grands-parents, qui se sont trouvés du même coup bien incapables de nous offrir l'essentiel sans les fioritures de croyances surranées...
Je suis aussi l’aïeule, gardant en sa mémoire ces plaisirs accumulés qui loin de rendre la vieillesse amère, la rendent apaisée, pleines de remembrances d'une quarantaine d'années bien remplies (soupir), ces quarante ans où l’on n'a pas laissé filer ce qui nous rendait léger, plein de reconnaissance, un corps plein d’un amour qui se disait si bien dans les gestes, dans les dons, dans les offres, dans la brutalité, parfois, sans que cela n’empêche la douceur, ni l’âme des deux, à fleur de peau…

Et, lorsque ces feux d’artifices ont lieu dans le noir, en pleine journée, à toute heure et dans les circonstances que l’on souhaite ou désire, sans fusées, ni pétards, ni trompettes, mais juste dans la magie de l’amour, de la confiance et du don, alors l’émerveillement est au rendez-vous et il n’y a pas de plus beau spectacle, ni de plus grand plaisir que celui-là, aussi court et aussi répété qu’il soit, rien ne s’use.
Il suffit juste de se laisser aller et plus on ressent de pics, plus ils s'intensifient.

A la différence près peut-être, qu’il n’y a aucun bouquet « final »…
Les bouquets se multiplient indéfiniment, de plus en plus nombreux, de plus en plus forts et on finit par n’être jamais sûre au fond, qu’il y ait un dernier possible.
Alors il ne reste qu’une seule solution, recommencer, juste pour vérifier…
Vérifier qu’il y en a toujours un autre au-delà du dernier…
Tazounette.