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Publié le par Phin


"Le sage doit rechercher le point de départ de tout désordre. Où ? Tout commence par le manque d'amour."



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L'Antiquité, dépourvue tout autant de livres que de lecteurs, était évidemment friande de tout ce qui concourrait à s'affranchir du support des livres comme aide mémoire et vecteur de diffusion. L'aphorisme, et plus imagée encore, l'anecdote, jouaient un rôle essentiel permettant de frapper les esprits, d'entrer en mémoire, de condenser une pensée, de la transporter avec soi, et ensuite, par re-développement posé, de proche en proche, de la reconstituer au gré de ses réflexions, au lieu choisi, à la vitesse choisie, dans la confidence d'une méditation. Au fil des siècles, cette jolie façon de lyophiliser une pensée puis de la réhydrater est devenue chose rare, surannée, faisant presque sourire, agaçant même, souvent portée qu'elle est par des énergumènes aussi fondus qu'un Fabrice Luchini ou un Jean D'Ormesson, citant Céline, Chateaubriant ou Beaumarchais comme moi les mensurations d'Ar... oui, bon, ok ;-)

Une pratique jadis populaire, vulgaire (au sens premier) qui ne se manifeste plus de nos jours que comme un onanisme intellectuel pour illuminés... Et pourtant, et pourtant, j'aime la puissance de ces dépliages, redonnant volume, profondeur et fraîcheur aux idées pliées, cristallisées dans ces bout de phrases. J'en aime la puissance, et également la liberté : en cherchant le sens, on le ré-extrait, on le re-découvre, on le ré-interprète, et pour le coup, on y remet ce que le moment présent nous permet d'y voir, nous, sujets.

 

Cette citation, donc, me fait penser à cela, par cette forme courte et ramassée, et par le sujet - le sage, le désordre, les origines. Il y a là des fragrances de philosophie pré-chrétienne, avant Dieu !

 

Tazounette m'a fait lire cette citation.

 

Une première lecture m'en a fait partager la dimension autoporteuse. La chose dite est pertinente, plaisante et profonde, mais, mais, mais... voilà ! Je n'y adhère pas, malgré mes efforts. Non pas que le sujet ne m'intéresse pas, ou que la forme soit impropre : il est parfois des sujets, des opinions que l'on n'approche qu'en creux, et cette citation me donne cette impression là. Le sens qui s'en dégage se fait par réaction. Mais après tout qu'importe ! Quel intérêt à un monde avec lequel tout ne serait qu'adhésion ?

 

Mais alors, me direz-vous (enfin, les trois courageux - Tazounette, dis-moi que tu en fais partie, par pitié ! - arrivés jusque là !), pourquoi suis-je si rétif à cette phrase ? Plusieurs raisons.

 

Une démagogie polie autant que discrète, en premier lieu. Le manque d'amour, voilà un moteur universel d'autant plus plaisant qu'il est extérieur à soi, et donc ménage notre engagement, notre responsabilité, notre être. On adhère d'abord par faiblesse à cette citation, plus ou moins tous porteurs que nous sommes du syndrome Caliméro et d'un manque d'Amour... Qui peut se dire suffisamment aimé ? Personne, bien sûr. Et jouer de cette facilité me paraît court.

 

Ensuite, l'appel au « sage » donne à la phrase un côté viatique, pharmacopée, remède, ayant pour dessein de mettre de l'ordre, de ranger, de réduire le désordre - bien triste programme. Et si de remonter aux causes est un bon conseil, assurément, forcer la discipline jusqu'à la nécessité de remonter à l'origine (le singulier est clairement dit) est à mon sens excessif, et ignore fautivement les notions de répétition, de cumul, de parcours. Est-on sûr qu'en ne changeant au parcours que l'origine, l'on serait autre ?

 

Et puis je crois personnellement que le désordre ici nommé n'est pas nécessairement à combattre, ou du moins pas tant que l'on n'a pas réalisé que le désordre va de pair avec la lucidité, la conscience. On souffre de ce que l'on sait, et plus on cherche à savoir, plus on augmente sa conscience de soi, et finalement plus on met de désordre, puisqu'il y a davantage à ranger, à supporter... plus que le bienheureux, en tout cas. Faut-il pour cela envier le sort de ce dernier ?

 

La vie, la conscience, la construction de soi, l'Amour même ne sont-ils pas par définition des positions instables ? Et si le bonheur de soi était finalement non pas d'immobiliser mais de maîtriser les mouvements ? Des mouvements à contribution positive, et d'autres à contribution négative. Des composantes, en quelque sorte, polymorphes, permanentes, innombrables, tout au long du parcours venant par somme contrarier ou exciter cette pulsion de vie (Freud), cette volonté de puissance (Nietzsche). Le manque d'Amour ? Une composante, rien de plus. Comme la nourriture, le sexe, les livres, la chance, le climat, l'école, l'exemple, les épreuves, la famille, la fécondité, le corps, la santé, l'époque, le travail, et bien plus encore... et tous leurs contraires.

 

Congédions donc l'origine, le désordre et l'Amour. Gardons le sage pour le pré-christianisme, et la preuve faite que l'on pouvait vivre aux cimes sans Dieu, et reformulons.

 

Le sage sait sa volonté de puissance.

 

Et je ne suis pas sage ;-)

 


Phin. 

 

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T
Et bien, par un curieux hasard, je ne suis toujours pas d'accord avec toi. J'ai lu et relu ton analyse. Je trouve qu'elle sonne faux. Mon radar crépite-t-il ? Comment se fait-ce que j'ai l'impression que là, sur cet article, tu nous spolies ?<br /> <br /> Je ne crois pas que tu puisses penser sincèrement que le manque d'amour est une chose simple, qui dépend d'autrui nous permettant juste de trouver un bouc émissaire et de se dégager de toute implication, ou "responsabilité".<br /> <br /> Un enfant que l'on ne câline pas, n'est pas responsable des conséquences que cela aura dans sa façon de percevoir le monde. Non, tu ne peux pas penser ça ! Et ce n'est pas de la démagogie... Quelle horreur que ce mot...<br /> <br /> L'amour est bien la seule chose universelle que nous recherchons parce qu'elle est essentielle à notre croissance, puis à notre sérénité. Le moindre manque crée un déséquilibre et selon le degré, il peut en devenir irrémédiable. Alors, non, ce n'est pas une petite chose...<br /> <br /> J'ai été si surprise d'un tel contre pied. Certes je ne m'y attendais pas. Mais outre le fait que je ne suis pas d'accord avec ton propos, et heureusement qu'on n'est pas d'accord sur tout, manquerait plus que ça... Je trouve que ta façon d'adopter le contre pied est même brutale dans tes mots. Je pense que c'était voulu. Pourquoi ? Je ne me l'explique pas.<br /> <br /> Je n'ai fait aucun commentaire jusqu'à présent parce que je ne savais pas exprimer mon point de vue. Je trouve que ton article n'est pas toi.<br /> <br /> Je trouve énorme de pouvoir dire que tout ne dépend que de soi. Non, tout ne dépend pas que de soi, on est le résultat de notre perception des autres. Et ce n'est qu'une fois que l'on comprend qui l'on est vraiment que les autres ont alors une influence moindre. Mais tant qu'on ne le sait pas "intimement" alors on est une vague résultante de tout ce que l'on perçoit, de ce que l'on ressent. Et malheureusement on ne fait se chemin du "connais-toi toi même" que lorsqu'on peut dire "sagement" qu'on est le résultat d'un manque d'amour... Ensuite oui, on philosophe, on comprend et on explique et seulement à ce moment précis on se met soi-même comme centre de toute chose. <br /> <br /> Avant, c'est impossible. Et parfois certains ne le comprendront jamais. Ils n'auront pas le temps... <br /> <br /> Alors, non, mon empathie ne peut pas accepter ce que tu appelles simplement "démagogie"... <br /> <br /> Cerner ce manque d'amour et les conséquences sur soi-même c' est le point de départ du vouloir, du pouvoir et d'une certaine forme de liberté. Cerner cela c'est accepter de borner son terrain de jeux, c'est se mettre des limites, c'est accepter les cercles éthiques comme unique moyen de défense. Contre quoi ? Contre les désastres du coeur...<br /> <br /> Tant que l'on n'a pas conscience de sa valeur, tant qu'on se croit un "objet aimable" entre les mains d'autrui, c'est s'exposer à ne jamais s'aimer. A ne jamais se connaître. A ne jamais devenir sage.<br /> <br /> Cette citation est donc le point de départ. Ton point de vue est une conclusion après des années de travail sur soi. Vous ne parlez donc pas de la même chose. Il me semble...<br /> <br /> <br /> <br /> Tu es sage, parce que tu as compris cela...
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