Dentelle...

Le soleil tape fort sur la façade, et nous ne devons la pénombre qu’à la profondeur de la chambre qui fait la lumière s’écraser au sol dans une tâche éblouissante, carrée, épuisant sur le seuil son énergie et sa chaleur et laissant le reste de la pièce, et le lit donc, dans la fraîcheur captée le matin même. Le soleil piégé aux proximités de son zénith, est empêché, plié, coudé et ce puits ainsi formé devient même la seule source vive de lumière, parant tout en délicatesse le fil des formes de reflets moirés et les formes elles-mêmes d’ombres profondes. Le contraste oppose l’arrière plan éblouissant, aux allures de fin de tunnel métaphysique, et le premier plan en chair, voilé d’ombre, et, alors que l’on pourrait se plaindre de ce contre-jour, on se surprend à deviner, à lire, à fouiller cette ombre… on sait la chair, la peau, le nu… on ne peut pas résister à l’appétit d’en voir plus…
Entre cette cuisse, masse d’ombres poudrée de soleil indirect et la fenêtre surexposée barrée d’un rideau blanc, rouge et gris, un petit quart de la photo - taillé comme un maigre cinquième ! – capte le regard. Cette dentelle, nette, en pleine focale, se découpe si nettement qu’elle ne laisse aucun doute sur son essence. Indice probant, révélateur, capital, nos errements d’ombres et de lumières prennent sens. Qui dit dentelle dit lingerie, et dés lors, l’œil caressant, amusé de contraste, se fait lecteur plus attentif. La masse de chair en ombre du premier plan se précise alors, bien que toujours dans l’ombre, par une lecture qui n’est plus innocente. On la sait confirmée cuisse, on ne la lit que mieux, et l’ombre se fait moins uniforme : on la perce avec délice pour voir enfin ce que l’on devinait.
La cuisse caressée par un regard qui sait et qui, du coup, ne lit plus, ne devine plus, mais convoite, on accroche à nouveau sur cette dentelle, au frontière de l’ombre et de la lumière, seule vérité affirmée de cette photo. Dans les abords en perspectives de cette dentelle, on se surprend à détailler, à interpréter, curieux, voyeur, tout occupé à nommer, donc à reconnaître, les détails floutés qui nous échappent, bien que sous nos yeux, là, juste là. Un petit nez se découpe en ombre soutenue à l’aplomb du rideau, juste avant la lumière, et le visage apparaît donc, voisin, portion d’arc de cercle informe, sombre, lointain, quasiment effacé. Et il faut de la sagesse, avouez, pour ne pas fantasmer sur la rondeur de chair claire à droite de l’axe dentelle-nez, et y voir non pas le sein, mais les basses-cotes, sans déception.
Peu importe, finalement que ni sein, ni fesse, ni [censuré] même ne soit l’invité discret de cette photo amateure. L’érotique absolu est dans cette dentelle, si nette, si précise, si découpée. Qu’elle devient bijou, parure, faisant ce que toute lingerie digne de ce nom, pour peu que l’on en possède l’art d’usage, doit faire : parer ce qu’elle cache, souligner ce qu’elle borde, et servir l’ensemble.
Il y a du grand art et de la préméditation dans la lingerie qu’elle se choisit.
Il y a de l’effronterie zestée de luxure dans sa façon de la montrer.
Il y a de l’amour dans le don qu’elle en fait.
Phin.