Plus qu'hier et bien moins que demain...

Avant d’entamer mon dur labeur ;o), tous les jours après m’être garée dans le parking souterrain d’un des bâtiments de la Commission européenne, je passe devant des panneaux d’affichage. Dans un amoncellement inintéressant de pubs en tout genre vantant les mérites d’une formation de tango, d’une soirée à thème prochaine ou un repas-débat quelconque, mes yeux se sont posés sur une affiche à première vue sans intérêt autre que le fait de montrer enfin un visage associé à ce nom historique pour qui travaille dans cette institution... Cette affiche donc montrait ce visage et cette citation.
« Il faut connaître le passé et se souvenir du passé
pour construire des lendemains durables »
Konrad Adenauer
Cette phrase m’a frappée. Je l’ai relue plusieurs fois.
Historiquement ou politiquement parlant, je serai bien en mal de donner mon avis. Il serait forcément fataliste et empreint d’un certain pessimisme. Je ne crois pas vraiment en l’homme « sociable »… Je ne crois pas qu’on puisse bâtir grand-chose sur l’humain. Ses failles sont bien trop grandes… L’être humain qui parvient à la tête d’un Etat ne bâtit plus pour le prochain, il assoit son pouvoir et ne s’inquiète que de ses fesses, de son avenir et de son fauteuil à garder bien au chaud pour le prochain quinquennat… Il n’y a que lorsqu’il espère accéder qu’il vaut quelque chose et qu’on peut attendre de lui… Le problème c’est qu’il n’est pas parvenu assez loin pour mettre en place ses idées…
Je crois en une histoire cyclique. Je ne crois pas que l’homme apprenne tant que cela des erreurs du passé. Comment dire, pour moi les choses sont vouées à se répéter. Je ne crois pas que l’homme soit capable d’apprendre suffisamment des guerres et autres hérésies humaines pour ne plus les reproduire. Les hommes de « pouvoir » deviennent tellement mégalo, pour la plupart, qu’ils n’ont en tête que de prouver leur force « potentielle ». Ils n’en sont jamais rassurés. Je ne dis pas que c’est une constante, ni que ça se vérifie à chaque fois mais bon disons que ces temps-ci le nabot en est un bel exemple ;o). Un peu comme le complexe de la grosse bagnole, quoi… Une simple histoire d’égo…
Cette phrase est bien évidemment sortie de la bouche d’un des fondateurs de l’Europe. Au tout début de sa construction. Lorsque le charnier de la Seconde guerre mondiale était encore juste sous leurs pieds. Lorsque la honte et la culpabilité était si fortes que le désir de faire bouger les choses et de s’unir était la seule solution envisageable pour se sortir de cette période désastreuse. Nous connaissions fort bien ce passé, on s’en souvenait de même et pourtant ça n’a pas empêché le conflit de l’ex-Yougoslavie de naître… Peut-on juste imaginer que dans ces pays-là, leurs connaissances étaient moins grande ? Est-ce que cela suffit à expliquer ? Ce conflit a engendré les mêmes dégâts, la même haine de la différence et les mêmes camps d’extermination… Juste là, à quelques encablures des portes de l’Europe…
Ca me fait un drôle d’effet d’avoir cet éléphant de l’Europe qui est né de cette volonté de calmer les ardeurs, de canaliser des énergies de façon positive pour construire et non détruire, et autour, tant de pays ou d’hommes politiques ou de mouvements d’hommes, ou de religions incapables de modérer leurs idéaux pour permettre à l’homme ou aux hommes de vivre en paix, ensemble… C’est à se demander si cela est possible ? l’Homme est-il à ce point-là un loup pour l’homme ? Faire tant d’efforts de notre côté, alors qu’il suffit à la plus grande puissance de monde de débarquer et d’y aller à tout va…
L’homme est davantage capable de limiter les dégâts… Et encore ce n’est pas forcément vrai. Disons juste qu’il déplace les frontières des brasiers qu’il provoque. Si l’Europe ne voit plus « trop » de conflits, les foyers se déplacent et les brasiers se nourrissent ailleurs, provoquant d’autres charniers, qui ont pourtant les mêmes raisons d’être… Et puis, point n’est besoin de parler de conflits interétatiques. L’énorme problème qui se pose aujourd’hui et qui est un souci mondial est bien plus économique que stratégique. Comment maîtriser le capitalisme, comment le restreindre à des limites «viables » ? Comment diminuer le fossé qui s’installe et qui laisse les gens du bon ou du mauvais côté du trottoir ?
J’ai toujours eu du mal à avoir un regard clair, encore moins clément sur l’homme, sur la politique en général et tout ce qui fait l’Histoire, finalement. J’ai du mal parce que dans toutes ces « mauvaises » idées brassées par les politiques, peu se soucient vraiment « des hommes »… Très vite j’ai compris cela et je me suis désintéressée de mon sort « politique ». Je vote, certes, je ne donne pas ma voix à n’importe qui. Mais outre mon devoir « citoyen », je me désintéresse de ces discours d’apothicaires qui ne regardent qu’à trop court terme et jamais dans un avenir à taille humaine. Réglant leur petite guéguerre comme dans une cour d’école. Misérable image qu’ils véhiculent… Je suis incapable de débattre, à moins que ça ne verse sur la philosophie, où là, bizarrement mes idées s’envolent…
Je trouve que la politique anéantit les énergies, étouffe les idées et il ne reste aux parvenus que des idées étriquées, petites, parlant menues finances quand il s’agit de repenser un pays. Bref. Petit…
Ce n’est donc pas pour l’intérêt premier, historique ou politique que cette phrase m’a interpelée. Non, c’est sa résonnance dans ma vie qui m’a frappée. Qui a fait que je l’ai entendue bien au-delà de son message premier…
« Il faut connaître le passé et se souvenir du passé pour construire des lendemains durables »…
Les mots qui me frappent le plus, sans conteste, sont « connaître le passé ».
On peut l'avoir vécu et pourtant ne pas le connaître « suffisamment ». Avoir été passif et l'être encore ensuite... Pour le « connaître », il est indispensable de le « comprendre ». L’analyser, savoir « pourquoi » il a été tel. Passer au-dessus de ses propres erreurs. Et en tirer les leçons nécessaires et indispensables. Ne plus se trouver aveugle sur ce qui a fait une part de notre histoire… Primordial pour se libérer de sa culpabilité et mettre enfin le passé aux oubliettes en y apposant une étiquette claire et lucide pour se tourner ensuite, « tout neuf », vers un avenir différent…
Pour construire des « lendemains durables », le passé devient une sorte de matière sculptée, qui fait partie du soi, du soi au présent… Par la connaissance d’hier, on accède à l’aujourd’hui, à ce que l’on est à l’instant T. Alors, ensuite, on peut se mettre à bâtir, bâtir aujourd’hui pour demain…
J’aime le terme alors, de « construire »… Que la vie ne soit pas statique ou toute faite. Savoir qu’on est le résultat finalement de tant et tant d’événements mis bout à bout sur lesquels on peut avoir la liberté et la volonté d’agir… Le moment venu. Lorsqu'on est prêt à le faire. Et savoir que tout est faisable à partir de ses propres mains, cœur, tête, esprit, âme… Habités que nous sommes de valeurs, d’espérance ou de rêves… Bâtir devient une chose intense quand on se reconnaît soi-même artisan de sa vie… Ce souffle de vie qui fait le ressort inévitable. J’aime cette énergie retrouvée. Encore ténue, encore lovée au creux de moi parce qu’elle attend l’événement déclencheur de « tout le reste ». Tout ce moi encore en préparation et qui devient, petit à petit…
J’aime que les événements ne tombent pas tout cuit dans les mains et n’avoir qu’à en jouir… Non, « construire » ! Commencer par se forger des bases solides, des fondations ancrées dans le sol, puis amener chaque pierre, la retailler si besoin, cimenter et continuer à édifier.
Cela sous-entend un labeur, des efforts, un vrai travail qui n’est pas pour me déplaire. Et c’est quelque chose qui me rassure un peu. De savoir que c’est à soi de travailler pour ériger la bâtisse. Soi, l’autre et rien ensuite... Il y a un challenge, un immense défi à relever et je crois que l’essentiel dans cette « construction » est une vraie « volonté »… Si la volonté consent à bâtir, si l’être entier est concerné par ce projet et qu’il s’y implique, alors cela devient possible…
Aussi bien pour les hommes, pour un aspect historique et politique et en cela l’Europe reste une belle réussite, même si à étendre le projet à tant de pays, un danger grandissant de non-cohésion existe, risquant une fragilisation où elle croyait voir une force ; aussi bien donc pour les hommes que pour leur propre vie, toute construction « durable » est possible. Encore faut-il trouver le projet à sa mesure, condition essentielle à une volonté farouche. Face à un trop grand projet, elle resterait bloquée. Comme en construction, lorsque des siècles auparavant, les hommes construisaient des cathédrales, je suppose qu’ils ne pensaient pas constamment au résultat final ou à l’ensemble du projet, chaque pierre posée était une avancée vers le but. Regarder petit à petit devant soi et pierre après pierre, lentement, se rendre compte de l’avancée… Et de temps en temps, se retourner et savoir être fier(e) du travail accompli, de son ouvrage puis le reprendre et avancer encore…
Tout le secret est là…
Au tout début de l’Europe, les 6 petits pays qui ont fait bloc ne pensaient pas déjà à la monnaie unique ou à son étendue. Elle a avancé, petit à petit, se fortifiant au fil des décisions prises (j’espère juste qu’elle ne sera pas trop gourmande. Qu’elle n’aura pas les yeux plus gros que le ventre au risque de finir en indigestion ;o)
Pour le « durables » enfin, quelqu’un qui m’est cher ;o) me disait il n’y a pas si longtemps, sur d’autres pages, qu’en aucun cas c’était un but à rechercher… Le rechercher serait le meilleur moyen de ne pas l’atteindre.
Ce n’est qu’une fois au bout qu’on peut ensuite se retourner et dire « on a réussi à durer »…
En attendant : profitons du présent, bâtissons lentement mais sûrement ce « nous » si prometteur, cultivons nos jardins d'Epicure !
Vivons !
Et vous savez quoi ? Vivement demain (soupir) !
Tazounette
Edit : C'est curieux... Tu ne trouves pas ? Je suis sur ce texte depuis des semaines. Bizarrement, je ne l'aime pas, pourtant je l'ai bossé. Va comprendre... J'ai beaucoup tergiversé avant de le mettre. Me demandant si oui, ou non, ou oui. Je l'ai mis parce que la citation me plaît vraiment.