Lundi 5 septembre 2011 1 05 /09 /Sep /2011 12:23

 

mort

 

Les filles grandissent. Et je ne dis pas cela béatement. Enfin si, un peu, quand même mais pas seulement. Dit comme cela, ça fait un peu galéjade vu que oui, depuis leur naissance, elles ne font même que ça… C’est juste que l’âge de raison approche pour ma grande et on sent l’évolution de ses questions, de ses observations, de son regard, de ses réflexions. Elle absorbe le monde avec une curiosité qui me fascine. Ma grande, donc, a, très tôt, posé des questions sur la mort. Ce qu’on aurait pu croire devant évoluer vers une peur de cette fin tellement auréolée de mystère, prend corps dans son esprit comme étant une manière d’achever ce qu’on met une vie à construire.

 

Depuis toujours, elle est pressée. Une hâte à courir vers l’instant d’après alors même que l’activité choisie n’est pas encore terminée. Comme une angoisse du vide, du « rien à faire ». Phin et moi (soupir), nous efforçons depuis que nous partageons nos vies (soupir), à calmer sa course effrénée, à profiter des instants au moment même où elle les vit.

 

Devenue athée, et le père  des petites l’étant aussi, nous voulions une éducation aussi ouverte que possible, en laissant les petites choisir leur voie. Je me souviens de l’an passé, où, encore à Bruxelles, ma grande était très amie avec une camarade de sa classe qui elle, était baptisée… Il s’en est suivi une sacrée dose de questions auxquelles nous avons répondu avec cette ouverture fondamentale. Lui exposant le plus simplement possible les différents concepts fondamentaux.

 

J’ai vécu une enfance et une adolescence à l’abri des malheurs de l’existence. Lorsqu’ils nous arrivaient, ils avaient été allégés par le filtre de mes parents. Ils choisissaient l’instant de l’annonce et nous apprenions parfois les morts de nos proches des jours après qu’elles soient survenues. Ce que j’en garde est une sensation amère de vol. Comme si on m’avait empêché de faire mon deuil. Pour ma mère, ce qui est « grave » ne peut et ne doit être ressenti par un enfant. Alors elle taisait, allégeait, évitait les mots de « tristesse », de « douleur ». On avait d’une « douleur » que ce qui pouvait être supportable « mal au ventre », « mal de tête ». Les autres maladies comme le cancer étaient passé sous silence, mot auquel on substituait « longue maladie », et j’en passe. Ce qui résulte de tout cela ? On arrive à l’âge adulte absolument pas armé pour affronter la « vraie » vie, celle qui heurte, bouscule et fait souvent du « mal »…

 

Je me suis promise, ensuite, de ne rien taire à mes filles, des douleurs de ce monde. Leur montrer juste, avec simplicité et sincérité qu’on peut tout traverser, tout voir, tout expérimenter, même très jeune. du moment qu'on est accompagné... Et qu’au plus tôt on s’y confronte, au mieux on s’y prépare. L’an passé le chat de mes parents est mort. Ma grande a demandé de ses nouvelles, une fois que mes parents nous rendaient visite. Ma mère ne voulait pas dire qu’il était « mort », elle commençait à expliquer qu’il était « parti ». J’ai laissé faire ma mère. Puis avec délicatesse, je lui ai expliqué qu’il avait vécu une belle vie de chat, avec des maîtres aimants, qu’il avait beaucoup couru, beaucoup joué, mangé et reçu de caresses et puis qu’un jour, parce qu’il était devenu un très vieux chat et qu’il était fatigué, sa vie s’est terminée et qu’il est mort. Ma mère était offusquée que je lui parle ainsi. Et j’ai tenu bon. Mon père abondait dans mon sens, continuant l’explication d’une façon différente. Phin répondant également à son foisonnement de questions.

 

Elle a mis du temps à comprendre. Le processus de croissance, de vieillissement, puis de mort. Petit à petit elle remettait les choses dans l’ordre «Toi aussi maman, un jour tu seras vieille et après tu vas mourir »… « Oui, mon Amour, un jour, quand je serai très très vieille je vais mourir. Tu seras un peu triste. C’est pour ça qu’il faut profiter de chaque jour, de chaque moment qui passe pour avoir plein plein de bons souvenirs avec les gens qu’on aime, pour qu’une fois morts, on ait plein de belles choses à penser sur ces gens qu’on aime »…

 

Cette chose abstraite dont elles savent pouvoir parler librement, ne sera plus source de « peur » ou tout au moins de panique. Ce qu’on leur a expliqué, auquel elles ont ajouté les explications de leur papa, de leur papou et mamou en regardant les informations et autres, elles en font ces jours-ci une expérience un peu plus poussée. Notre voisine vient de perdre son mari d’un cancer. Nous vivons dans une résidence au voisinage exceptionnel. Nous faisons tous corps pour la soutenir au mieux. C’est tellement peu. Elle est une si jeune grand-mère et une si jeune veuve… Mercredi nous irons à la messe d’adieu.

 

Depuis que nous le savons, j’étais tiraillée, entre faire garder mes filles, laisser Phin nous représenter seul, ou les emmener. Je sais qu’elles n’ont que 5 et 6 ans, mais je me dis aussi qu’après toutes nos discussions sur le sujet, elles pourront voir ce que c’est que de dire au-revoir de cette façon-là, à des proches qui ne sont plus. Voir aussi que la tristesse n’est pas une mauvaise chose. Qu’on peut l’éprouver vraiment et continuer son chemin malgré tout. Parce que la vie est ainsi. Ne sachant que choisir pour elles, j’ai décidé de leur demander directement… elles veulent venir avec nous… Ma grande a dit « Ce sera triste, hein, maman, mais oui, on veut venir avec vous ».

 

Cela m’a émue… Je suis si fière d’elles et du chemin que nous parcourons ensemble. Si fière aussi qu’on puisse aborder tous les sujets, en nous laissant juste guider par les questions. Parfois de drôles de questions, qui nous mettent un peu mal à l’aise ;o))) Mais nous y répondons, avec simplicité et sincérité. En entrant ou non dans les détails. Juste pour qu’elles sachent qu’on est ouvert à tout et qu’il n’y aura aucun sujet tabou !

 

Je les aime si fort ! ;o)

 

 

 

Tazounette

Publié dans : Babillages et discours... - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
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Commentaires

Je voudrais être une maman comme toi, un jour...
Commentaire n°1 posté par le 06/09/2011 à 19h54

C'est tout ce que je te souhaite... ;o)

Réponse de Tazounette le 25/11/2011 à 10h27
Je suis heureuse de pouvoir te lire ici... je te passe le creusage de tête pour retomber sur ce blog ;-) Je t'embrasse, Taz!
Commentaire n°2 posté par Sarah le 23/11/2011 à 16h42

J'essaie de reprendre du service... Ca fait longtemps, pas évident de dérouiller !

Réponse de Tazounette le 25/11/2011 à 10h26
 
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