Vendredi 25 novembre 2011 5 25 /11 /Nov /2011 09:55

 

Famille-Vacances 0546web

 

 

Depuis quelques semaines,  A., ma grande, grandit de façon fulgurante. Et ça m’ébranle et ça me touche. Beaucoup. Au-delà de ce que les mots ne pourront jamais exprimer.

 

Elle a tout de suite compris les mécanismes de lecture, écriture et autres bizarreries de langage. Elle a l’envie, la motivation, la hâte. Hâte de lire les livres à sa petite sœur, hâte de mieux comprendre le monde de façon disons, autonome. Et j’adore assister à cela. L’entendre déchiffrer les syllabes, la sentir deviner le mot qui suit. C’est touchant. Tellement touchant…

 

Et dans le même temps, comme si cela n’était pas suffisant… Le 11 novembre, elle a perdu sa première dent. Elle bougeait depuis quelques semaines. Nous avions, ce jour-là, décidé d’aller au zoo du coin. Il faisait beau, le froid nous pinçait les joues. On était bien. Tous les quatre… Chaudement vêtus, nous avons commencé par le petit brunch.

 

Entre deux frites, A. me montre sa dent qu’elle peut mettre à l’horizontale. Je lui propose de l’aider. Son sourire irradie son visage. Je m’approche. Attrape sa minuscule dent et hop, je tire. Et voilà. Je tiens sa première dent dans ma main. Cette toute petite dent... C'est 6 années entières de sa vie. Celle que j'ai tenté de protéger, d'éveiller au mieux. Cette dent, c'est celle, sûrement, qui a commencé à pousser quand elle avait à peine 3 mois. Qui a nécessité des suppos et des câlins pour étancher sa douleur… Je m’en souviens comme si c’était hier…

 

Ma courageuse qui ne se plaint jamais, qui va de l’avant, émotive et battante comme moi… Fragile, tellement fragile sous sa force apparente…

 

Je me faisais une montagne des dents à arracher. « Jamais je pourrais », je pensais. Et puis, il suffit que sa chair y soit confrontée, et hop, on oublie tout. Elle était si fière, elle se sentait si grande, d’un seul coup. Nous l’avons précieusement emballée dans une petite serviette en papier pour « la souris ».

 

Le soir, consciencieusement, nous l’avons mise dans la petite boîte pour la souris. Le couvercle qui se visse n’a pas échappé à ma petite qui me demande, sûre de faire mouche : « Et comment elle va faire, la souris pour l’ouvrir ? »… Hum… Mais comme le père-noël qui passe par la cheminée, ma puce, avec un peu de magie… Hum, hum ! C’est bon ? Ca passe ? ;o)…

 

Et une fois endormie, c’était à moi de jouer. La pièce de 2 euros dans la main, j’ai ouvert leur porte le plus doucement du monde. Dans mon inquiétude à ne pas faire le moindre bruit, j’ai fait grincé le parquet bien plus qu’à l’accoutumée.

 

J’ai compris aussi mon erreur dans le choix de leur lit. Un lit en forme de bus. Ma fille dormant en bas, sa tête est complètement entourée par l’armature en bois, me demandant de remonter ma main et donc mon bras, de sa taille (l’ouverture) jusqu’au coussin, dans des contorsions abracadabrantesques. Tout cela en essayant de ne pas écouter les gémissements, les respirations qui changent, les succions de pouce qui reprennent, les changements de position. Et la peur constante, de réveiller la sœur du même coup.

 

Moi qui ne suis jamais entrée dans leur chambre pendant leur sommeil, sauf vomissements intempestifs… Comment justifier ma présence ?...

 

Je n’ai pas de chance, ce soir, A. dort complètement la tête contre le montant de bois… Impossible d’y passer ma main, je me prépare à faire le tour du lit pour accéder à la boîte par l’autre montant… Le parquet grince de plus belle. A. est dans un demi-sommeil. Je me hâte vers la sortie, en retenant mon souffle. Impossible. Purée, comment faire ?

 

Je laisse passer mon pic de stress, et repart à l’assaut de cette boîte. Je pense même à différer au lendemain. Mais la crainte de lire la déception sur le visage de ma fille a raison de ma trouille. Je fais ça à la hâte. Je me dépêche. J’attrape la boîte, pose la pièce. Ouvre la boîte, la pose par terre, ouverte, sur leur tapis. Et vais planquer la dent… La dent de ma prunelle…

 

Et là, je me suis dit, purée, je n’aurais pas moins d’une quinzaine de dents à récupérer ainsi ! De quoi se chopper quelques cheveux blancs… ;o)

 

Et là, dans le noir de cette chambre, dans les bruits de succions, de draps froissés et de souffle de mes belles endormies, moi aussi, j’ai encore grandi et j’étais fière, tellement fière qu’elles aient fait de moi leur maman…

 

Toute heureuse de trouver sa pièce au matin, elle s’est mis en tête d’écrire un petit mot à la souris : « Mersi de m’a vouar pri ma dent, majsienne souris » et de le mettre sous son oreiller, pour elle….

 

Le maître nous avait prévenus à la réunion de début d’année « vos enfants vont avoir envie d’écrire tout seuls, surtout, si phonétiquement cela fonctionne, vous les félicitez, au risque qu’ils ne prennent plus de plaisir à la spontanéité ».

 

Je l’ai donc félicitée ! Et puis ce besoin de dire « merci »... J’ai fondu. Complètement. Comme de la voir appliquée sur son tout petit morceau de papier…

 

Ce à quoi, sa petite sœur, lui dit : « La souris, elle vient pas tous les jours, surtout si y’a pas de dent ! »…

 

Aurait-elle déjà compris l’entourloupe ?


 

Famille-Vacances 1289web

 

 

 

Tazounette

 

Publié dans : Babillages et discours... - Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Retour à l'accueil
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés