Il m’a fallu plus d'un an, et les significatives promotions amenées par la
sortie d’une nouvelle génération d’appareil, pour consentir à l’achat, pour mon seul usage, d’un iPod. Il y a eu déjà, pendant des mois, la lente acquisition des renseignements suffisants pour
porter mon choix : mp3 contre format propriétaire (six mois au bas mot de débats contradictoires in petto et néanmoins soutenus), foisonnement des technologies et des qualités contre marque
réputée, 8 contre 80 Go ? Puis il y a eu le saut, un beau jour, sans que je sache vous dire exactement ce que ma réflexion avait de plus murie que la veille ou l’avant-veille, avec, me
battant les tempes, le sentiment de faire une folie. Le sort même, mettant à l'épreuve ma fragile détermination, il m’a même fallu batailler et faire deux magasins, le premier n’ayant
que le silver et moi, ne voulant que du black.
Et la première mise en route fût impatiente mais consciencieuse, quasi religieuse : le moment était venu de faire de cet objet de technologie le compagnon inséparable de mes longues
heures perdues, l’antidote polymorphe et abondante à l’ennui, sorte de boîte aux trésors amassant les petits objets dont est aimé le pouvoir d’évocation, sorte de pharmacopée portative de
l’âme.
Des chansons, à l’éclectisme confinant au sublime (songez que Jean Ferrat côtoie Lorie, Norah Jones se frotte à Trust et The Platters précède Elsa) et s’étoffant encore, lentement, au rythme des ajouts patients entre nostalgie et jeunisme.
De la philo. J’ai la fierté d’avoir, datées et fidèlement nommées, toutes les conférences de MichOnf, plus quelques émissions, dessinant pour moi une passionnante contre-histoire de la philosophie, que j’écoute et ré-écoute, sans lassitude, comme on écoute un maître, un vrai maître, qui sait me donner envie d’aller voir par moi-même – sans lui, je n’aurai jamais lu Nietzsche (belle rencontre) ou Clément Rosset (nul), et quelques autres encore comme Montaigne, Derrida, Sweig.
De la culture. Raphaël Enthoven y voit également ses émissions podcastées, comme autant de poires pour la soif : au milieu de ses émissions quotidiennes sur France Culture, toujours érudites, mais pas toujours passionnantes, se cachent des instants sublimes, de philosophie, de littérature, d’art, avec ce ton particulier qu’il sait y mettre, soignant les mots avec tant de soin qu’on lui pardonne un maniérisme un peu précieux.
Des curiosités. Quelques émissions captées de-ci de-là, interviews ou débats, attendent paisiblement : Derrida ici, Michel Foulcaut là, instants sonores, moments de bravoures, juste pour là encore se faire une idée par moi-même, quand l’humeur m’en vient. Au titre des curiosités, je fouille le Net à la recherche des conférences d'Alain Decaux, dans ma quête du écouter utile.
De l’anglais. L’anglais a aussi sa part belle, avec trois ou quatre méthodes, des bases au perfectionnement, et quelques cours audio joignant l’écoute de la langue anglaise à l’apprentissage de la self-motivation ou du time management, jusqu’au roman « Sherlock Holmes » de Conan Doyle, en version originale, si difficile, soyons honnêtes, pour mon anglais de cuisine.
Et puis il y a les livres.

Les livres audio. En langue française. Avec une préférence pour les morceaux de bravoure, comme si ma conscience se sentant coupable de ne pas « lire », avait besoin de compenser en
s’attaquant ainsi à des textes ardus ou réputés « sacrés » qu’elle n’aurait jamais abordé, plus passionnée de philosophie, d’idées et d’échos d’âme que d’histoires, de personnages et de
lieux… Le livre audio, c’est pour moi l’immensité de la littérature réduite à ce qu’elle a de plus grand pour moi, la maîtrise des mots, sans la lourdeur d’une lecture compliquée de faits, de
descriptions, de personnages, et j’en passe. Ainsi, Hugo, Zola, Flaubert, se réinvitent à ma curiosité, et me montrent alors pourquoi on les dit grands… Anna Gavalda est également épinglée au
tableau de cette collection, écriture sans doute moins monstrueusement hors du temps, mais également efficace et rythmée, inventive et nette, laissant en marge des histoires et des personnages,
de la place pour le jeu des mots. Le parfum de Patrick Suskind répond à la gourmandise de Muriel Barbery, ne déméritant pas, en voisins des grands, sur l’étagère de mon i-bibliothèque. Une
bibliothèque portative où Proust, même, enfin, tient également son rang, monstre sacré à la réputation de sommet, qui se livre, simplement, sublimement révélé par la lecture inspirée d’un
André Dussolier tout attaché à donner à ces textes leur juste place.
Mû par l’honnêteté, torturé par la nécessité de trouver une chute à ce long article rasoir, et travaillé pour l’horreur que serait pour moi le fait de paraître plus beau que je ne suis, je confesse également, dans les secrets d’un répertoire, à l’écart de yeux indiscrets, un film ou deux, bon oui, peut-être trois ou quatre, en tout cas moins d’une demi-douzaine, à caractère « animalier », sans quoi cet iPod n’aurait pas été tout à fait le mien ;-)
Les courageux ayant lu jusqu’au terme ce billet se demandent sans doute, à bout de force, pourquoi cet article, figure ici, sur ce blog amoureux ? A supposer déjà que cet article fût nécessaire, ce qui n’apparaît sans doute pas comme une évidence à tous, quelle(s) raison(s) me pousse(nt) ?.
Cet iPod, c’est mon opium, ma patience, mon sablier, capable de plier le temps
et l’espace, et de rendre supportable les longues heures qui me rapprochent ou m’éloignent d’elle. Cet iPod, c’est aussi une fenêtre sur moi par laquelle elle se penche, avec toute sa
bienveillance, riant de mon éclectisme sans pour autant juger ou trier. Cet iPod, c’est aussi la musique que je branche sur ses haut-parleurs, nos danses, les danses avec ses filles, moi qui ai une sainte horreur de danser, sinon à ses bras. Cet iPod, c’est l’explosion des mots, invités à peupler notre jardin d’Epicure, sans
retenue. Cet iPod, c’est un peu nous, partageant l’écouteur pour terminer « Le Parfum », sous la couette. Cet iPod, c’est une façon de vivre les mots, mes mots, nos mots. Cet iPod,
c’est la perspective de centaines d’heures d’écoute, unis dans le temps et dans l’espace, ne pouvant réprimer ma main qui la cherche, ne pouvant cacher mes transports induits par le texte,
prenant comme un bijou précieux chacun des siens… Affronter l'âme nue sans pudeur puisqu'en sa compagnie, les beaux textes, et, trésor précieux être là pour entendre craquer son âme quand le
texte le cueille et quand elle pleure « parce que c’est beau » !
Phin.






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