Mercredi 4 mars 2009 3 04 /03 /Mars /2009 08:30

Le corps pour la chair, la pomme pour Dieu !
 
 

« Aimer, c’est savourer, aux bras d’un être cher

La quantité de ciel que Dieu mît dans la chair. »

 

V. Hugo.

  ___________

  

Deux alexandrins d’Hugo sur l’amour, voilà bien un point de départ difficile, aux allures de défi ;-) pour un billet de blog ! Avec l’intelligence subtile coutumière aux femmes, Tazounette compose avec l’intouchabilité de l’auteur et du thème, en faisant le choix de la juxtaposition, posant son sujet à côté de la citation, jouant la carte de l’analogie, du contrepoint, plutôt que de l’opposition. Petite ruse, preuve d’un grand métier, qui lui permet de développer le sujet en le faisant sien, en nous donnant lecture de sa perspective personnelle, évitant l’impasse d’une attaque frontale. En frôlant le hors sujet, en accentuant dans ses mots la sensualité, le corps et le je, Tazounette nous fait comprendre d’un même geste son accord avec l’intention magnifique du poète romancier et la distance prise avec Dieu et son ciel. Le corps en contrepoint de Dieu, comme un oui qui dit non, si féminin ! Habile ! Très habile !

 

Acculé, vaincu par KO à la fois par la stratégie d’approche et par la beauté de son texte (puisse un jour une femme dire cela de moi !) (hein ?? ah oui, c’est vrai… coooooool !), je reconnais ma mise au tapis, et en vaincu renonce aux morceaux de choix pour prendre l’impasse, résigné. A moi le choc frontal !

 

Une première lecture, au plus proche des mots, donc sans doute au plus proche de Victor, nous dit dés les premiers mots une belle chose : aimer c’est savourer, à la Hugo, en puissance et en verve, avec cette fulgurance de ceux qui savent réduire pour dire plus. Puis il développe ensuite, dilutif, me semble-t-il. Il aurait dû en rester là, fort de ce mariage, de cette alliance riche et productrice de sens entre aimer et savourer. Au lieu de cela, la gentillesse un peu niaise du « aux bras de » s’invite à contre-pied, détonnant de sagesse, de tendresse mièvre et de distance pudique. Et ce n’est rien, non, rien, en comparaison du deuxième vers qui se fait poison. Dieu et son ciel, non seulement cités mais impliqués comme respectivement généalogie et cause transcendante du geste universel d’aimer. La concision minérale du « aimer, c’est savourer » (me rappelant le sismique et nietzschéen « vouloir libère ») se trouve ainsi ensuqué puis mystifié… me laissant interdit, déçu et pour tout dire, sur ma faim.

 

Le nom d’Hugo laissait présager sinon plus (encore que, il est homme de volumes !) pour le moins mieux. Et cette première lecture me laisse un trouble sentiment de rendez-vous raté… Hugo. Une citation, avec donc la supposée étincelle de quintessence propre aux citations bien choisies. Et je trouve cela fade ? Ne serais-je alors pas passé à côté de l’essentiel ?

 

Reprenons.

 

Passons vite sur l’accroche introductive, nécessairement non équivoque et fulgurante, en charge de fixer l’attention, de piquer l’intérêt comme on ouvre l’appétit. La deuxième lecture, dubitative, ne doute pas de cela. C’est ensuite, dans l’espace indéfini laissé au lecteur que tout se joue, et que le texte prend cette profondeur, ce degré de liberté qui en fait toute la difficulté, tout le danger et toute la vitalité.

 

Le pluriel « aux bras de » m’a lourdement échappé, le lisant certes, grammaticalement, sans pour autant que cela fasse sens. Or il y a sens – majeur. Bien loin les connotations déambulatoires, précieuses et chastes d’un « au bras » de soutien ou de promenade, fût-elle tendre ! Le pluriel dévergonde pour dire et résumer – résumer n’est pas réduire mais dire l’essentiel et laisser le reste aux développements, le physique. Cette ouverture saisie, on pourrait se laisser abuser et penser consolation ou câlins, mais non, résolument, en droite ligne du mot gourmand savourer, le pluriel dit l’étreinte, le physique, le sensuel. Sinon le sexuel (et pourquoi pas ?), pour le moins le sexué. Alors ainsi, ce vers au second hémistiche creux et faible en regard du premier, se remplit et devient d’une modernité de tout temps…

 

« La quantité de ciel » se doit alors d’avoir un autre sens. Le premier vers donne une clé que le second ne peut contredire. Il faut alors, je pense, aller déverrouiller ce second vers en osant le subjectif, l’interprétation. La mise en perspective de quantité et de ciel nous y invite, par l’insolite de l’image : puisqu’il est quantifiable, mesurable et sécable, c’est donc non du Ciel mais d’un ciel païen dont il est question ici. Sorte de métaphore lisse et correcte pour dire sans froisser la félicité, le bonheur, l’envie, l’appétit, la curiosité, la joie, et plus généralement toute cette dimension positive d’expansion et de débordement de vie, cette pulsion de vie polymorphe ainsi nommée par Freud. Quant à Dieu, malgré une majuscule protocolaire, il sonne comme caution, prétexte, invité consensuel de politesse, pour tout aussi bien dire la Nature… mystification panthéiste, pardonnable donc, disant la magie proche de la force vitale, quantifiable, elle.

 

Dieu, Nature ou volonté de puissance, selon sa lucidité ou sa volonté de rester dans son siècle. Combattre Dieu n’est pas nécessairement une priorité si on s’en arrange pour le faire participer ainsi à la chair !

 

Et l’on termine par le mot « chair » en écho homophonique du premier vers. Au-delà de la jolie pirouette qui participe à marquer les mémoires, il y a le mot qui, placé là, dit la matérialité et l’affaire de corps qu’est l’amour ou plutôt, soyons justes, qu’est l’action d’aimer – ce qui est différent. La chair comme contenant matériel, terrestre et sexué d’une pulsion de vie débordante à goûter avec patience et exigence.


Là oui, maintenant, la rencontre avec Hugo a eu lieu !
 

La lecture est expression de subjectivité donc, autant affaire de soi que d’auteur !

 

 Phin.

 

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Jeudi 26 février 2009 4 26 /02 /Fév /2009 19:31




« Aimer, c’est savourer, aux bras d’un être cher,

La quantité de ciel que Dieu mit dans la chair »

Victor Hugo

 

 

 

Je n’avais pas de corps…

 

Je n’ai été qu’un hologramme. Si longtemps…

 

Ce fantôme de corps était enchaîné, couvert d’épines, irrémédiablement fermé… Une chair inerte, à peine acquiesçante. Sans réelle volonté propre. Sans vie. Relié à une tête suiveuse plus que décideuse. Même pas un moyen d’expression. Un silence. Obéissant. Enfermé dans une gangue, une coque de noix, dure comme la pierre, transparente comme de l’eau. Protégé. Hors de moi… Sur la défensive. L’amour était le cœur sans le corps. Un monologue. Sans vie.

 

Son existence se faisait dans l’ombre, dans la quiétude des rêves solitaires à demi conscients, dans la protection de la nuit, hors de tout monde vivant.

 

C’est dans tes bras que j’ai vu la lumière.

 

C’est dans tes bras que j’ai ouvert les miens. J’ai entrouvert ce rideau lourd et sombre et j’ai découvert mon corps. Son besoin d’élan. Sa soif d’espace. Son envie d’expression. Sa légèreté, enfin… J’ai découvert ce langage. Ma peau parlant et vivant l’amour pour la première fois. Il s’est ouvert. Il est devenu lui. Sans moi. Avec moi. Mais LUI.

 

Je l’ai découvert hors de moi. Sa volonté propre. Son souffle de vie. J’ai découvert tout ce qu’il vivait à l’intérieur, dans le repli de mes nuits, si loin, là, dans ma tête, dans mes souhaits et désirs. Profonds. Insoupçonnés.  Dans ces rêves qui m’absorbaient tout entière et qui jamais ne trouvaient d’écho dans la réalité. Une aspiration sensuelle bloquée. Eteinte. Dissimulée.

 

Mes grands rêves s’illuminant de vérité, dans notre réalité. Cette liberté offerte sans compter, en confiance, dans l’absolue tendresse, dans l’absolu respect, ces absolus où âme, corps et cœurs se rejoignent à l’unisson des deux… Rendant si doux ce qui était tant diabolisé… 

 

Grâce à toi, je suis. Jubilant enfin d'exprimer tout ce que j’ai tant à te dire. Prolixe de caresses et de spontanéité. Ces dons, ces cadeaux, reçus autant que donnés dans la plus prompte et la plus naturelle générosité. Sans compter. En jubilant de nous découvrir, de répéter, sans se lasser et aimer ça infiniment… La nouveauté autant que les redites...

 

Je suis née sous tes caresses, sous tes baisers frissonnants et je n’aspire qu’à rester ainsi, apaisée et comprise, sereine, dans ce jardin d’Epicure où flottent nos deux parfums mélangés, avec pour seul paradis ou enfer, c’est selon, nos corps joints dans l’infinité de nos cœurs épris, de nos âmes jumelles qui suggèrent et que tu devines, qui aiguillent et que je distingue. Clairement. Sans paroles. Dans nos dialogues où le dire est inutile et le faire prend tout son sens.

 

Mêler seulement nos chairs qui se comprennent dans cette magie du partage, dans cette égalité des sens. Et rester ainsi hagards, abandonnés et émus de tous ces voyages où altitude et profondeur se mélangent et se goûtent.

 

Point de vertiges. Juste l’ivresse et cette curiosité sans cesse renouvelée, que seuls les voyages lointains peuvent procurer. Sans a priori. Juste pour être. L’un à l’autre, l’autre à l’un.


Une curiosité. Sans bornes...

 

Découvrir. L’infini dans nos chairs.

 

Y retourner. Y rester…


Tazounette.




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Mardi 24 février 2009 2 24 /02 /Fév /2009 09:00


La lourde porte mécano soudée, peinte de beige granité, se referme sur moi dans cette double détente, d’abord puissante et rapide puis au rebond plus doux, des portes tenues par un groom automatique. Un bruit sourd accompagne cette fermeture mécanique, tombée de rideau sur un week-end solaire. Me voilà seul dans cet ascenseur minuscule, familier témoin de poignées de secondes, bouquets variés et colorés  dont ma mémoire se fait écho, entre rêves, souvenirs et raison.

Les baisers d’adultes, enflammés, préliminaires à notre pornographie en montant, conclusion ou aveux d’inassouvissement en descendant ; les rires impatients des enfants simplement joyeux de la promenade ou des courses qui s’annoncent, ou simplement contents de rentrer à la maison, dans ce nid perché, « chez maman », chez soi, territoire intime tissé de mots d’enfants, si difficile à partager ; les corps pétris de caresses trop pressés pour prendre le temps d’être tendres et subtiles ; les rires ou les mots échangés ; les jeux enfantins de cache-cache entre miroir et épaule conquise ; les doigts joueurs ravis de faire comme ceux des grands sur les touches lumineuses et hors d’âge programmant l’étage ; le silence naturel et joyeux pris comme assentiment entre un père et l’amant amoureux ; les transports adolescents des secondes qui montent égrainant l’arrivée le cœur battant ; les battements sourds aux tempes des secondes sonnant le final triste et brutal du week-end, et signant les premiers moments « sans Elle ».

Huit étages. Un peu plus de quinze secondes.

 

 

 

Un claquement sec, quelques secondes après la sélection de l’étage, bloque la seule porte palière et pince le cœur en même temps qu’il l’apaise. Les machines ont parfois cette humanité de prendre à leur charge de rendre irréversible, ce que la raison croit encore possible, jusqu’à la plus improbable dernière seconde – comme repousser la porte une nième fois pour un dernier baiser, juste un dernier, juste pour retrouver cette impression de vie. Et très vite, le huit s’échappe par le haut de la cabine. La descente commence dans les sifflements électriques des bobinages moteurs en charge, les frottements de cabine rugueux et hiératiques sur les guidages de béton, les claquements lointains de câbles et autres contrepoids de cette machinerie froide, insensible au drame qui se joue dans cette cabine, à la mue qui s’opère, là, dans la douleur de ce huitième étage qui s’éloigne.

 

 

Selon que l’au-revoir fût tendre ou passionné, mes lèvres sentent encore ou le frais et le jeu, ou la chaleur et l’envie obscène. Eperdu - j’ose le mot, le regard perdu de manquer (à double titre) d’horizon, un court instant, le silence couve un cri, un râle, cette ruade de l’être qui se voit contraint, qui sait tous les pas sans magie à faire pour revenir ici, qui sait toute la raison sage dont il faut faire usage pour pouvoir revenir libéré des obligations et devoirs, pauvre de temps mais riche du devoir accompli et riche de ce futur qu’il convient de mener comme galère, en attendant de le voir un jour peut-être, un jour enfin, moyen.

 

 

La cabine d’ascenseur, étrangère à tout cela, continue sa descente à vitesse calée, désormais. Le six apparaît à mes pieds, cueillant mon regard si bas du poids de sa tristesse, et, l’ayant accroché, le tire vers le milieu, puis vers le haut. Machinalement, mes yeux vagues ont suivi ce chiffre d’adhésif noir collé sur la porte du palier pour en indiquer l’étage. Ce défilement a quelque chose d’hypnotique, d’anesthésiant, et c’est tant mieux.

 

 

Afin de prolonger l’effet d’engourdissement de ce défilement lent et rythmé, mon regard viendra s’accrocher bien vite, sitôt le six disparu, au cinq qui point après l’épaisse dalle marquant le franchissement de l’étage. Le cinq défile et déjà, dans le cliquetis muet d’une mécanique intime de chaire, la pendule du week-end ralentit, ralentit, ralentit... et meurt.

 

 

Dans le défilement de ces chiffres, profitant de l’anesthésie, la raison interrompt le tic-tac joyeux de ce week-end révolu, sans douleur, sans joie, dans la torpeur opiacée de cette demi-conscience, bercée de chiffres filant de bas en haut, et réduite à attendre confinée pour effacer d’air frais l’oppression qui pèse sur la poitrine.

 

 

Il ne s’est écoulé que quelques secondes, une poignée de plus que le nombre d’entresols descendus et déjà, ce week-end exhale ses premiers souvenirs. Les plus corsés, bien sûr, se manifestent en premier. Les corps qui offrent, qui prennent, jouissant des deux, s’excitant des deux, émus de soumettre et d’être soumis. L’audace des jeux, l’audace des pratiques, l’intensité des plaisirs… jamais pluriel ne fût plus justifié. Pluriel de fréquence. Pluriel de diversité. Pluriel d’intensité. Les muscles se souviennent des positions, des efforts, des violences. Les peaux et les chaires se souviennent elles des caresses, coups et pincements, comme autant d’altérations à ces notes de plaisirs. Et tout cela dans la seule limite – et en ce sens, limite désigne plus l’horizon que la borne, du consentement, le sien propre, oui, et plus trouble encore, le consentement deviné de l’autre.

 

 

Les orages corsés ayant craqué et zébré le ciel de ces souvenirs tout frais, le reste vient alors pêle-mêle, sans ordre ni priorité autre que la fantaisie d’une mémoire joyeuse d’avoir volé tout cela au temps passé. Là où la bête se repaît de rejouer les scènes et de provoquer le pâle frisson mémoriel en attendant les prochaines occasions de faussement capturer les délices - des délices de toute façon offerts, la raison elle, jubile simplement de la propriété des moments ainsi vécus, sans compulsions d’inventaire ni évocations obsédées, ni même le souci de peser, d'évaluer ou de sérier ce qui n’a - par sa nature même de matériau - ni ordre, ni priorité. Chaque pierre du mur participe au mur sans que la question se pose de savoir si celle du bas est plus méritante ou moins méritante que celle du milieu ou que celle du haut. Ce que la raison a retenu des plaisirs est matériau. Matériau pour construire ce qui meuble notre jardin d’Epicure, matériau qui paie en plaisir reçu le plaisir donné, matériau d’écriture et de paroles, matériau employé à la construction de soi pour la rencontre de l’autre, et mille autres potentialités contenues dans la simple essence même du matériau – qui n’est jamais que ce que l’on en fait. Le matériau que nous créons à partir de nos vies et plaisirs mêlés est si prometteur…

 

 

Ce chiffre, tout droit, maigre, étroit, traverse de haut en bas mon champs de vision, annonçant l’arrivée. Dans ma poitrine, dans ma tête, le calme revient. La tristesse elle, persiste et durera quelques jours encore, tenace, boudeuse, rétive, symptôme de ce Elle qui va manquer tant. Mais en même temps que ce « un » finit de traverser la porte absente de la cabine, annonçant le zéro terminus, je l’affirme, le calme vient remplacer le désarroi des premières secondes, et dans ce calme où tout s’apaise, où le silence se fait…

 

 


 

Le claquement sec de la sécurité de la porte palière se libérant à l’arrivée de l’ascenseur, dans cette fraction d’éternité qui suit l’arrêt en position voulue de la cabine, ce claquement sec couvre, pour ne pas dire induit, par ailleurs, le premier « tic » d’un nouveau chapelet païen de tic-tacs, marquant le début d’un nouveau week-end, futur. Le décompte s’enclenche, et je pousse la porte du palier de rez-de-chaussée, fermement, décidé à courir vers ce futur d’Elle. Dans six jours ? Dans trois jours ? Dans deux semaines ? Peu importe. Le compte à rebours a commencé.

 

Huit étages.
Pour mourir.
Et renaître.

Phin.

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Lundi 23 février 2009 1 23 /02 /Fév /2009 11:50



Bon, vous avez commencé à nous lire. En même temps, hein, deux articles c’est pas la mer à boire, tu en conviendras !

 

Il se trouve que notre superbe blog me sèche.

 

Ouais, le truc de dingue ! On en parle depuis des semaines, on en rêve depuis au moins autant. Et puis, voilà, que maintenant qu’il est tout beau, qu’on a osé le lancer en ligne, ben je coince total ! Je le reluque à longueur de journée, tellement je suis fière d’avoir mon chez-nous… Mais j’ai du mal à y écrire, à y délier ma plume.


Pour ce faire, je tente le changement de registre. Non, parce que faut pas croire que le fait de vivre une histoire d’amour digne des plus grands « chabababas » rêvés, va me couper ma chique argotique, hein, faut pas pousser mémé non plus, même si on l’aime bien dans le fond !

 

Je laisse mon côté Tazounette s’approprier le lieu.

 

Je suis du genre changeante. J’aime assez passer du coq à l’âne, des paragraphes larmoyants, aux images gores en passant par l’humour. Je suis comme ça, moi, comme la lune…

 

Et c’est pas peu dire…

 

Le vrai c’est que ça m’énerve d’avoir la chique coupée ! Moi qui suis une pipelette du clavier. De la langue aussi…

 

Mais bon, la gourmandise est un vilain défaut ! Enfin, je sais pas qui dit ça, ce qui est sûr, c’est que c’est pas moi…

 

On va juste parler d’un truc et pour ce faire, je vais changer de registre.

 

Cash ! Comme ça, en pleine diatribe ! Il faudra t’y faire…

 

Je vais te parler d’hier…

 

Hier, c’était dimanche ! Il était bien tôt en vérité lorsque ma conscience s’est éveillée de son long sommeil…

 

Un sommeil partagé, les jambes emmêlées dans celles de Phin…

 

(Ouh, que ça fait bizarre de ne plus l’appeler par un impersonnel « amoureux »)…

 

C’était un réveil triste. Et la raison en était simple : on était dimanche…

 

Et dimanche veut dire que là, dans pas longtemps en regard du temps qui passe, une éternité en fait pour ce temps qu’on parvient toujours à allonger à notre guise…

 

Mon Phin va partir…

 

Repartir vers son « sans domicile fixe », cet hôtel impersonnel qu’il habite depuis 2 mois. Un long, long intervalle entre deux « vrais » chez lui…

 

Celui du célibataire qu’il va quitter et celui du « nouvel avenir à deux (et plus) » qu’il habitera bientôt, et qui aura sans doute, très rapidement des effluves de ce nous, des oublis (voulus) d’affaires à moi pour lui rappeler que (bon), malgré la distance, je suis là (quoi !)

 

Et j’ai hâte, en fait, de ce prochain chez lui/chez nous.

 

(Oserai-je t’avouer que c’est aussi parce que je sais depuis fort, fort longtemps qu’il a un lit double king-size ? Parce que oui, il y a un peu de ça, tout de même… N’est pas gourmand qui veut…)

 

C’est aussi et surtout parce qu’à partir de ce moment-là, notre temps à partager s’allongera… Un vendredi soir, une nuit et un samedi matin/midi/début d’après-m, en plus… Et la différence sera énorme. Pas en regard du temps global qui passe, mais en regard du temps à partager en un week-end.

 

(Et pour qui sait compter, ½ week-end, n’a jamais fait un week-end entier !)

 

Et ça malgré nos unissons et notre façon si étrange et si forte de densifier nos moments de partage…

 

(Oui, oui, même le temps que l’on partage avec mes louloutes, qui, je dois le dire se cassent le trognon pour nous le gâcher… Mais on tient bon ! Si le Titanic a coulé, notre paquebot, lui, est vraiment insubmersible !!)

 

Et il n’est que 15h, le dimanche, lorsque la porte s’ouvre, qu’il s’engouffre dans l’ascenseur et disparaît de ma vue, de ma main et…

 

(Du reste aussi…)

 

Que la tristesse prend le dessus sur ce temps mâtiné de rêves qu’on partageait juste avant…

 

(Enfin, pas juste, juste avant, on est toujours un peu larmoyants tous les deux quand nos yeux se posent sur un cadran, annonçant sous peu l’heure fatidique des adieux…)

 

Il rejoint son break, diesel…

 

(Soupir… Que de souvenirs… Bref, passons…)

 

Et entame son long périple qui l’arrache à moi… Qui m’arrache à lui…

 

Pendant que les kilomètres filent pour lui. Mes filles sont à leur sieste et j’entame la mienne. En boule sur mon clic-clac, une couverture jetée, la tête enfoncée dans mon oreiller tout mou… Pour oublier son absence, son départ, cette parenthèse qui débute, sans lui, jusqu’au week-end prochain… Oublier cette amputation de lui, cette douleur si à l’opposé de ce qu’on partage de si intense, de si beau, de si doux… Alors, je m’endors pour 2 bonnes heures. Et je me réveille anesthésiée. Le week-end rangé dans un des meilleurs coin de moi… J’oublie l’absence, je me renfile ma peau de « maman toute seule », je reprends mes responsabilités que je gère égoïstement quand il n’est plus dans mon périmètre. J’oublie l’apaisement qu’il provoque dès que le samedi après-midi, il passe ma porte et que nos corps se re-connectent, nos centres se rejoignent et nos jardins se mêlent…

 

Arrêter le temps au samedi.

 

Gommer les autres jours inutiles du calendrier.

Un jour sans fin ? Le samedi alors…

 

Une après-midi et un temps borné à minuit…

 

Stop, plus de pendules. Plus d’horloge. Plus de planning. Plus de calendrier.

Le samedi… Voir Rome… Et mourir…

 

 

« Déchire ces cris de papier

Rappelle-toi, sois jaloux et fracasse

Ces jours d’horloge et de poussière

Viens briser la durée trop sage

Viens fouiller les terres du sommeil

Mais que ce soit Toi

Et recrée-moi ce que je ne serai plus

Un silence d’argile claire

Ayant pour seul sang

Ton nom gravé dessus… »

 

Edit : J’ai lu ces quelques lignes dans un livre, cadeau de Phin pour notre Noël en février… Ces mots sont tristes. Des mots de douleur. Pourtant ils disent cela, mieux que moi. Je pense qu’ils parlent de la mort… Je trouve qu’il résonne aussi, pour ceux qui vivent la distance…


Tazounette 

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Vendredi 20 février 2009 5 20 /02 /Fév /2009 07:00

 


Me voilà donc aux premières lignes du premier billet de ce blog amoureux à quatre mains, l’inspiration tiède et timide, engourdie à la fois par la multitude des gourmandises présidant à cette expérience et à la fois par l’exigence naturellement née de ce moment inaugural, fondateur, déterminant, que l’on veut du coup étincelant. Il faudrait une verve flamboyante, à la manière d’une tirade du nez, pour faire un inventaire truculent et vif de ces gourmandises sans ennuyer. Sans ce talent, indépassable de virtuosité, je suis contraint au choix de quelques unes parmi toutes… et me retrouve pris au piège de cette élection impossible.

 

Quelles gourmandises d’Elle mériteraient plus que les autres de figurer en ce premier billet ? Leur profusion, leur multiplicité, leur différence radicale ou leur similitude ténue, leur vivacité mâtinée de paradoxes ou d’influences, tout cela me fait penser à ces palettes de peintre. Ces gourmandises sont autant de nuances, de tonalités, de couleurs, pas tant comme résultat sur la toile que comme matériau sur la palette, matériau d'une nouvelle écriture de la vie (enfin !) et de nouveaux jeux, infinis en répétitions et en combinaisons. Que ce blog ne soit pas, donc, une dissection détaillée de ces gourmandises d’Elle mais bien l’expression conséquente, l’utilisation, le spectacle de ces couleurs gourmandes.

 

Quand à l’exigence du premier billet, ma foi, je crois qu’il faut savoir y renoncer et laisser filer, se réjouir d’échouer au définitif. Parce que ce billet définitif n’existe pas - le pire d’ailleurs eût été qu’il existât et qu’en un billet, tout fût dit (ô Bescherelle, mon ami) ! Alors que toute la profondeur du jeu de ce blog sera justement de chercher et d'indéfiniment approcher, ruse de la raison à la manière du paradoxe de Zénon d’Elée. Ne jamais avoir le dessein de la connaître mais celui de la découvrir. Saisir ainsi toute la subtilité qu’il peut y avoir entre toucher et caresser. Ne jamais cesser de la caresser.

 

Que ce blog soit une caresse, gourmande ;-)

Phin.

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Jeudi 19 février 2009 4 19 /02 /Fév /2009 18:09




Voilà, maintenant que notre endroit est totalement « chiadé », qu’il est prêt à rouler, les auteurs se bloquent…

 

L’idée a germé depuis quelques mois. D’ailleurs notre histoire est née ainsi… De mots échangés, entre blogueuse et lecteur, dans un premier temps. Puis, lorsque sous les mots on sentait que nos chemins avaient à se croiser, le jeu du chat et de la souris a duré un certain temps…

 

Ensuite, notre histoire étant encore à ses balbutiements, les mots échangés ont eu une source supplémentaire…

 

Entre blogueur et lectrice…

 

En commun, nous avons un goût certain pour les mots, les différents registres de langage, puis de fait, de lectures, les degrés qui s’ajoutent au premier et les jeux multiples que ces associations de lettres permettent...

 

Depuis un certain temps donc, l’envie d’échanger sur un lieu commun, nous permettant, chacun, de nous exprimer tout en partageant un « vrai chez nous », encore bloqué dans la vraie vie. Une sorte de « chez-nous » avant l’heure.

 

Un jardin qui nous ressemble… (Soupir)…

 

Nous avons travaillé d’arrache-pied au look. Un long travail pointilleux, surtout pour les bannières.

 

« Et avec telle photo ? »

 

« Moui, mais non ! », et zou, on cherche encore… Puis on recommence. Changeant tantôt une photo, tantôt l’agencement, l’ordre…


Et puis nous avons trouvé. Enfin. Les bannières sont un mélange de nos goûts, nos gourmandises, nos passions, nos jeux, nos êtres aussi…

 

Cela fait quelques jours maintenant que notre univers est prêt… Depuis le temps que l’on attendait ça. C’est là, enfin !

 

Et curieusement, loin d’en devenir prolixe, on regarde notre univers ainsi fait de nous deux, on l’observe et la plume est coincée. Dans l’expectative.

 

Le même trac qu’avant une entrée en scène.

 

Souvenirs mémorables d’une année de théâtre merveilleuse et d’une dizaine de représentations, où j’étais juste derrière le rideau pendant que les copains continuaient leur scène. J’observais, l’excitation montait autant que la trouille, l’envie de faire pipi qui pointe, le mal de ventre qui augmente et là on entend un bas « C’est à toi »…

 

J’étais fébrile et excitée, mais rien n’aurait pu, là, à cette minute précise, m’empêcher d’entrer sur scène !

 

Je suis dans le même état ! Je le laisse durer un peu, parce qu’une fois qu’on est sur scène, cette excitation-là, cette seconde suspendue du « juste avant », n’est plus. Elle disparaît et laisse la place à son propre jeu, en complète osmose avec celui des autres, ou de l’autre…

 

J’ai la même excitation. Savoir Phin, juste là, derrière le rideau, comme moi, à côté de moi, vivant le même instant suspendu… En attendant ce signe disant : « C’est à vous ». Nous faisant franchir cette limite entre les coulisses et la lumière. Terrifiés et la gorge sèche mais heureux.

 

Heureux d’y être enfin ! 

 

Nous deux sur la blogosphère, avançant avec notre unité légendaire, vers ceux qui nous verront, nous liront, resteront ou partiront.

 

Etre. Faire. Dire. Ecrire. Accomplir.

 

Sur tout et sur n’importe quoi. Au gré des lectures, des citations qui nous touchent, du vécu, du rire, des larmes, des expériences, des bons côtés ou des mauvais côtés de la vie.

 

Le tout avec beaucoup d’âme, beaucoup d’authenticité et une grande, grande simplicité…

 

Ensemble…

 

Avec les mots…

 

Et avec vous.


Un beau projet, à vivre et à faire vivre !…

 

 

Tazou

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