Si vous m’aviez demandé de faire la liste des collaborateurs sur lesquels je peux compter, je vous aurais fait d’un trait une liste de 14 noms, dont 13 constituaient le groupe d’irréductibles qui a vu l’apéritif dinatoire de 30 personnes se transformer, au fil des défections polies, en un petit garden-barbec’. collectif et participatif La qualité des participants,et le petit nombre ont rendu cette soirée bien sympathique, explorant par des conversations, des questions, des réflexions, des inquiétudes, des avis, des enthousiasmes, des anecdotes, des comparaisons au passé, cette frange indéfinie qui existe entre personnel et professionnel, cette marge dans laquelle on investit des choses, cette zone qui contient tout ce que chacun peut mettre d’engagement personnel dans son travail, dont on parle peu au boulot, toujours inquiet d’empiéter sur la vie privée, côté manager, toujours un peu gêné de parler de cette part de soi si subjective, côté employé – j’emploie avec d’autant plus de noblesse « employé » que, tout Directeur que je suis, je le suis moi-même, employé.
J’étais en charge de l’apéritif. Je suis donc repassé par l’appartement pour chercher les bricoles achetées la veille, de quoi faire des Mojitos, quelques plans de secours pour les casse-couilles qui ne boivent pas d’alcool (pffff) ou qui n’aiment pas le rhum, ou la menthe ou les bulles, bref, j’avais chiadé le truc. Jusqu’aux cacahuètes, noix de cajou et autres amandes salées, jusqu’aux toasts à beurrer de trucs divers, bref. J’avais prévu une demi-heure de battement pour garnir les toasts tranquilou at home, et puis je me suis dit que de toute façon, ils seraient en retard, à mort (je connais mon équipe !), que le timing aller partir en sucette et que du coup j’aurai bien le temps de beurrer mes toasts là-bas.
Je ne sais pas trop comment vous dire. Ce dernier développement, cette dernière option d’organisation a eu lieu dans les derniers kilomètres de voiture qui me séparait de l’appartement. Et sitôt la décision prise, une bouffée m’est venue, une envie irrésistible de trouver là, maintenant, tout de suite, une surprise pour Elle, un petit geste, quelque chose qui lui montrerait que je pense à Elle, si fort, une bricole qui lui dirait, sans emphase, avec la simplicité du quotidien, combien Elle fait partie de ma vie. Break à gauche au rond point, direction Carrouf’Market. Avez-vous déjà fait des blitz-courses en costard-cravatte, à 16h30 ? Je l’ai joué Flèche Bleue, meep-meep à fond, sous les yeux médusés des vieilles canoniques au bras de leurs aides ménagères, des retraités et des chefs de rayon : 8 minutes après j’étais sorti, mes courses d’appoint dans le sac ! Monter à l’appart. Coca décapsulé au frigo, petite salade home-made, couvert simple mis devant la télé, vinaigrette comme Elle aime, petit fromage qu’Elle aime, tout neuf (oui, parce que, bon, dés qu’il prend un peu d’âge, il tire vers le viril, le frometeck en question, c’est un autre plaisir, je vous assure), je savais des mousses menthe-chocolat au frigidaire (môôôrtelles), petit mot à main levée, petits dessins sexuels explicites (pfiiiiou, j’en salive), hop 30 minutes chrono.
Et je suis parti (en nage, certes) vers mes collègues, qui ont bien étaient comme d’habitude : en retard ;-)
Je n’ai pas la prétention d’avoir fait quoique ce soit d’extraordinaire, et je ne raconte d’ailleurs pas cela pour me faire valoir, c’est aux antipodes de ma personne, et c’est d’ailleurs bien modeste pour faire l’objet d’une hagiographie d’aucune sorte, c’est juste que cela illustre, dans cette soudaineté qui n’est possible que parce que je suis habité à chaque seconde, une des façons dont Elle m’habite, une des façons dont je l’aime… Je ne cherche au travers de cela ni sa joie (enfin si, un peu, mais pas directement, et ce serait plus une joie qui tire vers un plaisir, plaisir au sens large, sens large qui, comme je le dis souvent, contient tous les autres !), ni ma gloire, ni des remerciements ou un pardon (en plus je n’avais rien fait de mal avant !), c’est une irrépressible envie de lui montrer, par des gestes, y compris des gestes modestes, à quel point elle fait partie de ma vie.
C'est ça.
A quel point elle fait partie de ma vie.
Phin.


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