Vendredi 5 août 2011 5 05 /08 /Août /2011 11:50

 

plateau-tele

 

Si vous m’aviez demandé de faire la liste des collaborateurs sur lesquels je peux compter, je vous aurais fait d’un trait une liste de 14 noms, dont 13 constituaient le groupe d’irréductibles qui a vu l’apéritif dinatoire de 30 personnes se transformer, au fil des défections polies, en un petit garden-barbec’. collectif et participatif La qualité des participants,et le petit nombre ont rendu cette soirée bien sympathique, explorant par des conversations, des questions, des réflexions, des inquiétudes, des avis, des enthousiasmes, des anecdotes, des comparaisons au passé, cette frange indéfinie qui existe entre personnel et professionnel, cette marge dans laquelle on investit des choses, cette zone qui contient tout ce que chacun peut mettre d’engagement personnel dans son travail, dont on parle peu au boulot, toujours inquiet d’empiéter sur la vie privée, côté manager, toujours un peu gêné de parler de cette part de soi si subjective, côté employé – j’emploie avec d’autant plus de noblesse « employé » que, tout Directeur que je suis, je le suis moi-même, employé.

 

J’étais en charge de l’apéritif. Je suis donc repassé par l’appartement pour chercher les bricoles achetées la veille, de quoi faire des Mojitos, quelques plans de secours pour les casse-couilles qui ne boivent pas d’alcool (pffff) ou qui n’aiment pas le rhum, ou la menthe ou les bulles, bref, j’avais chiadé le truc. Jusqu’aux cacahuètes, noix de cajou et autres amandes salées, jusqu’aux toasts à beurrer de trucs divers, bref. J’avais prévu une demi-heure de battement pour garnir les toasts tranquilou at home, et puis je me suis dit que de toute façon, ils seraient en retard, à mort (je connais mon équipe !), que le timing aller partir en sucette et que du coup j’aurai bien le temps de beurrer mes toasts là-bas.

 

Je ne sais pas trop comment vous dire. Ce dernier développement, cette dernière option d’organisation a eu lieu dans les derniers kilomètres de voiture qui me séparait de l’appartement. Et sitôt la décision prise, une bouffée m’est venue, une envie irrésistible de trouver là, maintenant, tout de suite, une surprise pour Elle, un petit geste, quelque chose qui lui montrerait que je pense à Elle, si fort, une bricole qui lui dirait, sans emphase, avec la simplicité du quotidien, combien Elle fait partie de ma vie. Break à gauche au rond point, direction Carrouf’Market. Avez-vous déjà fait des blitz-courses en costard-cravatte, à 16h30 ? Je l’ai joué Flèche Bleue, meep-meep à fond, sous les yeux médusés des vieilles canoniques au bras de leurs aides ménagères, des retraités et des chefs de rayon : 8 minutes après j’étais sorti, mes courses d’appoint dans le sac ! Monter à l’appart. Coca décapsulé au frigo, petite salade home-made, couvert simple mis devant la télé, vinaigrette comme Elle aime, petit fromage qu’Elle aime, tout neuf (oui, parce que, bon, dés qu’il prend un peu d’âge, il tire vers le viril, le frometeck en question, c’est un autre plaisir, je vous assure), je savais des mousses menthe-chocolat au frigidaire (môôôrtelles), petit mot à main levée, petits dessins sexuels explicites (pfiiiiou, j’en salive), hop 30 minutes chrono.

 

Et je suis parti (en nage, certes) vers mes collègues, qui ont bien étaient comme d’habitude : en retard ;-)

 

Je n’ai pas la prétention d’avoir fait quoique ce soit d’extraordinaire, et je ne raconte d’ailleurs pas cela pour me faire valoir, c’est aux antipodes de ma personne, et c’est d’ailleurs bien modeste pour faire l’objet d’une hagiographie d’aucune sorte, c’est juste que cela illustre, dans cette soudaineté qui n’est possible que parce que je suis habité à chaque seconde, une des façons dont Elle m’habite, une des façons dont je l’aime… Je ne cherche au travers de cela ni sa joie (enfin si, un peu, mais pas directement, et ce serait plus une joie qui tire vers un plaisir, plaisir au sens large, sens large qui, comme je le dis souvent, contient tous les autres !), ni ma gloire, ni des remerciements ou un pardon (en plus je n’avais rien fait de mal avant !), c’est une irrépressible envie de lui montrer, par des gestes, y compris des gestes modestes, à quel point elle fait partie de ma vie.

 

C'est ça.

 

A quel point elle fait partie de ma vie.

 

Phin.

Publié dans : Babillages et discours... - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mercredi 3 août 2011 3 03 /08 /Août /2011 16:10

  cigare club

 

Les plaisirs les meilleurs sont les plaisirs construits, sculptés – ce qui n’est pas synonyme, toujours, de snobs ou de chers, oserai-je dire au contraire ? Mais là n'est pas le sujet.

 

A la base de tout plaisir, il y a cette vibration, ce contentement primal, princeps, indescriptible tant il est polymorphe, du guiliguili au ventre au crépitement de la moelle épinière en passant par un frisson épidermique, une impression de cœur serré ou au contraire dilaté, la chaire de poule, une distorsion de l’état de conscience, un pétillement de cervelle, une bouffée de chaleur venue du tréfonds, un claquement sec électrique, … une liste de manifestations faite là, au fil des mots, sans ambition d’être exhaustive, tant elle doit être subjective à chacun, et qui n’exclue ni les cumuls, ni les combinaisons, ni les variations d’intensité, ni même les découvertes !

 

Alors imaginez, quand, parce que c’est votre nature, parce que c’est votre moyen à vous de rendre supportable ce temps de vie qui passe, parce que c’est votre solution pour fuir un solipsisme trop tôt éprouvé, parce que c’est votre phare, votre constance, dans ce monde où rien ni personne n’est jamais certain, parce que c’est votre choix pour ne pas devenir fou, parce que c’est votre façon de composer avec vos pulsions et vos impératifs, parce que c’est le moyen d’annexer la part d’un soleil que personne ne vous donne, vous vous mettez à cultiver ces plaisirs princeps, à les sculpter, à les développer, rajoutant une dimension, une dimension nouvelle, ignorée souvent, affaire de lopette pour les aveuglés ou de chochotte pour les bienheureux qui n’ont pas conscience de leur être jusqu’au vide, une dimension dans laquelle s’exerce l’être, pas l’être immobile d’un « je suis » occidental, mais l’être en tant qu’action d’exister, au sens grec, donc, être en tant qu’exercice de soi…

 

C’est cette culture, cette construction de soi avec et donc par ces plaisirs qui rendent ces mêmes plaisirs essentiels (au sens premier) et peut-être dangereux. On les façonne autant qu’ils nous façonnent. Par delà le bien et le mal, comme dit Nietzsche, dans la pureté et l’innocence d’un rapport à soi (c'est-à-dire sans emmerder personne), une économie des plaisirs se met en place, s’applique, se généralise, se perfectionne pour devenir philosophie de vie, prisme à travers lequel on interprète le monde, ascèse, éthique (au sens d’esthétique du dedans).

 

Que cette économie secrète soit remise en cause, et tout l’édifice tremble, ou plutôt se fige. Dans cette course folle du monde, le temps s’arrête et avec lui, le goût des choses. J’ai perdu le goût du vin, des BMW, de la pornographie, de l’écriture, de la lecture… et mon déclic de prise de conscience sur ces déclins a été, aussi bizarre que cela puisse paraître, le plaisir naissant du cigare. Je me suis mis au cigare, volontairement. Parce qu’on dit que ce plaisir est proche de celui du vin, nécessitant apprentissage, initiation, temps et sagesse, construction, bref fait pour moi !

 

Je ne cherche pas la griserie du tabac ou le coup de fouet de la nicotine, mais plutôt le plaisir soyeux, presque velouté, mais ferme d’une belle cape. Le plaisir d’une odeur (à cru ou en dégustation) disons particulière, impropre en elle-même, comme le vin, mais derrière laquelle se cachent des micro-perceptions provoquant les sensations évoquées au début de l’article. Le plaisir du tabac compact, rangé, visible en coupe. Le plaisir de tenir l’objet tiédi par l’allumage ou le tirage de la bouffée à l’instant. Le plaisir de cette force qui évolue, du foin au purin, et rappelle la baise, de l’amour à la bête, avec cette pointe de regret, à la fin, quand c’est fini. Le plaisir de ce temps qu’un cigare demande pour être fumé. Le plaisir de la fumée presque consistante en bouche, épaisse, vive, agressive pour mieux masquer des trésors ténus d’arômes et de goûts. Le plaisir des jeux d’expiration. Le plaisir du moment qui abrite le cigare, moment non pas seul mais partagé avec peu, ceux qui sont proches, ceux qui savent pourquoi moi, pourquoi le cigare, ceux qui me connaissent et savent mon voyage, mon plaisir à partager mon voyage. Le plaisir que cela soit ombré d’interdit. Le plaisir des yeux gourmands de l’Amour de ma vie quand je joue à l’homme, moi, le gentil…

 

C’était samedi, au parc Beaulieu. Dans ce moment paisible. Avec ce cigare délicieux. Et la Femme de ma vie à mes côtés, discutant, y compris en silence. Comment dire ? Les choses ont affleuré suffisamment au bordure de mon être (vous savez, de cette part intérieure étrangère à vous-même), pour que je les vois, que je les éprouve, que je les nomme ensuite aujourd’hui, ici. C’est dans ce plaisir naissant du cigare que j’ai retrouvé ces pétarades de plaisirs princeps encapsulées dans cette ascèse, cette volonté de faire quelque chose du plaisir. Et c’est dans ce plaisir naissant que j’ai touché du doigt le fait que ce qui me manque, dans les plaisirs morts, ce sont les moments de culture de ce plaisir, des moments qui laissent un vide quand ils ne sont plus.

 

Un pas. Yes !

 

Phin.

Publié dans : Petits péchés, grands moments... - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 28 juillet 2011 4 28 /07 /Juil /2011 12:36

 

mains

 

Les filles sont parties. La maison ne résonne plus de leurs rires, de leurs jeux et leurs voix, ou leurs disputes, parfois…

 

Un petit tour au soleil, chez leurs grands-parents, retrouver leur papa la semaine prochaine pour 3 longues semaines.

 

J’aime les voir partir heureuses, si pleines déjà de leurs tours de piscine, de leurs tours de balançoire espérant constamment toucher le ciel. J’aime savoir qu’elles sauront apprivoiser le manque de nous, qu’elles sauront transformer le vide éprouvé en plein. Plein de leurs Papou et Mamou, plein de leur papa et des moments riches avec chacun.

 

Elles sont si faciles à vivre. Si pleines de vie, d’amour, d’envie de profiter de tout le monde. Une place dans leur cœur pour tous les gens de la famille.

 

Dimanche nous sommes allés voir leur arrière grand-père. Alzheimer l’a frappé à peu de chose près à partir de la mort de sa femme. Il vient de fêter ses 90 ans, à peu près abandonné de ses enfants. Des histoires de derrière les fagots, pas forcément reluisantes ont resurgi après le départ précipité de ma grand-mère. Et les enfants ont délaissé leur père.

 

Il est dans une chambre impersonnelle, avec rien ou si peu qui lui rappelle sa vie « d’avant », celle vécue auprès des siens, dans sa maison, la même pendant 30 ans… Pas un seul objet rappelant un décor connu. Des photos de la famille, vieilles, ne traduisant pas l’âge exact des protagonistes de sa propre histoire. Celle dont il fait encore partie, même à l’écart. Tout seul.

 

Son discours est peu cohérent. Passé et présent se mêlent. A la fois là et ailleurs d’une minute sur l’autre. Me confondant avec sa fille puis revenant à ses moutons.

 

Pas plutôt laissé dans le hall d’entrée, au milieu des autres fauteuils roulant hébergeant tous ces aïeuls en fin de vie, la grande, A. a demandé si on pouvait revenir « bientôt ». Empathie débordante, sensibilité à fleur de peau. « Elle a toujours une pensée pour tous ceux qui composent la famille », comme dit ma maman…

 

Nous avons décidé d’aller le voir régulièrement, à l’avenir. Lui trouver des activités pour lui faire penser à autre chose qu’à son exil. Il ne fait qu’attendre que les jours passent… Nous allons essayer de lui adoucir son séjour. Mettre des photos récentes pour qu’il fasse partie du présent, encore…

 

Montrer à mes filles que notre clan peut contenir l’infini. Toute la famille dans nos bras. Parce que notre amour rend cela possible.

 

 

Tazounette

 

 



Publié dans : Babillages et discours... - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 21 juin 2011 2 21 /06 /Juin /2011 12:12

 

montre.jpg

 

 

C’est un blog sur lequel je vais souvent. Le premier que j’ai suivi de façon « quotidienne », c’était il y a 5 ans maintenant… J’ai lu longtemps par admiration pour sa prose, son humour, sa façon si détachée de parler d’elle, de ce qui la touche. Et puis ensuite, par fidélité. Je suis faite de fidélité. Et lorsque je commence à m’intéresser à quelque chose, j’y reste accrochée. Même si ensuite je voudrais m’en défaire. Je ne le peux pas.

 

Ce matin j’ai lu. Et depuis j’ai le blues. J’ai l’impression de ne pas savoir pourquoi, qu’il est sans raison véritable. Et puis non. En fait, je sais pourquoi.

 

Je l’envie. Tellement fort. Et pourtant, il n’y a pas de jalousie, pas de véhémence de ma part, ou de colère, comme parfois je pourrais le ressentir en pareilles circonstances. Une envie pure.

Je n’ai jamais été douée pour la vie par procuration. Je suis plutôt dans l’action. Et là, pourtant, je me retrouve coincée. Sans issue.

 

Je n’ai jamais su ce que je voulais réellement faire de ma vie. Je veux dire, ne vous méprenez pas… Professionnellement parlant.

 

Longtemps j’ai vraiment cru vouloir être institutrice. Je ne sais pas comment l’idée m’ait venu. J’étais cheftaine de louveteaux, j’aimais beaucoup mon rapport avec les petits. Je me destinais donc à cela. Ma maîtrise en poche, j’ai tout arrêté pour me consacrer à la préparation du concours pour l’entrée à l’IUFM. Pourtant je ne suis pas faite pour les concours. Et sans encadrement, j’ai vite renoncé. Décidée à voir ce que je valais dans ce rôle, j’ai fait des remplacements dans les écoles privées.

 

6 mois de cata. Pas dans mon rapport avec les petits. Un problème de pédagogie, mais cela ne s’apprend pas sur le tas, et de toute façon, pas en 6 mois… Un problème de programmes. J’ai toujours eu pour discipline de vouloir bien faire. Faire de mon mieux. Les problèmes des enfants n’étaient pas inclus dans leur programme. Je n’avais pas le droit de m’en éloigner et donc de revenir sur ce qui coinçait chez eux. Je faisais travailler, c’est clair. Les enfants manifestement n’avaient pas l’habitude de se fatiguer autant. J’avais droit aux remontrances des parents, des directeurs. Bref, au bout de 6 mois, j’ai renoncé.

 

J’ai pointé à l’ANPE. Et rapidement, j’ai trouvé une formation de secrétaire/assistante. J’ai désormais 6 ans d’expérience dans le domaine. J’ai aimé mes expériences mais pas tant le job en lui-même que les à-côtés qu’il m’apportait : les ambiances multiculturelles, les challenges parfois, mais la plupart du temps, c’est d’un ennui mortel.

 

Il est un état de fait : je n’utilise pas assez ma cervelle. Par malchance, j’en ai une qui tourne plutôt bien et il ne me faut pas seulement « faire » mais aussi la nourrir. Et ce boulot-là, ces compétences-là, ne me permettent pas de me « nourrir ».

 

En parallèle, depuis mon adolescence, j’écris. Pas de grandes choses, non. Des poèmes beaucoup, des suites de romans, pas mal, puis des textes, des pensées. Comme un journal mais sans suivi. Des anecdotes, des débuts de grandes histoires auxquelles j’ai cru le temps de l’enthousiasme, et puis, seule à nourrir ce projet, manquant cruellement de confiance en moi, persuadée que je ne peux avoir que de mauvaises idées, ces projets sont restés dans des pochettes en cartons. Inachevés. Reniés.

 

J’aime écrire. C’est indéniable. Quand je ne le fais pas, ça me manque. Et ça me prend aux tripes, ces projets que je commence et que je laisse pour lettre morte. De côté, comme si j’avais constamment peur de me confronter à ma plume. Je renonce. C’est plus facile. Comment progresser ? Les ateliers d’écriture ne me font pas envie. Je n’ai pas envie de faire ce « travail » en groupe. Avec d’autres qui sont là pour s’occuper et ne chercheraient pas la même chose que moi.

 

Ce que j’ai lu ce matin, c’est que cette personne a trouvé, grâce à son blog, une personne avec laquelle travailler sa plume. Pas seulement la travailler, bien sûr, mais la « nourrir », comme elle le dit si bien.

 

Et là, j’ai une boule dans la gorge… Combien de temps vais-je encore attendre ? Attendre quoi d’ailleurs ? Que les mots s’assemblent tout seul dans ma tête, jusqu’à faire des chapitres ? Comment construire un plan ? Comment nourrir des personnages, leur donner des contours, leur donner vie petit à petit et les rendre solides ?

 

Je suis là, à nouveau en « recherche d’emploi ». Totalement perdue. Des idées de job dans la tête et pourtant aucun projet qui ne me "parle" vraiment... Ne sachant pas vers quoi me tourner. Continuer ce qui ne me plaît pas sous prétexte d’expérience ? Changer de voie au risque de me tromper encore ? Aller chercher au fond de moi les ressources nécessaires à ce grand rêve que j’ai depuis toujours mais que je n’ose pas exploiter, affronter pour voir ce qu’il a dans le ventre…

 

Je ne pense pas avoir du talent. Je n’oserai jamais penser que j’en ai. Espérer que j’en ai suffisamment pour aller au bout de ce rêve-là. Est-ce une raison suffisante pour mettre un mouchoir dessus. Et tuer ce rêve à coups de réflexion matérielle ?  Et continuer à avoir mal quand je lis que d’autres osent avancer ?

 

Je me sens perdue. Sans but. Sans idée même vague de ce que je pourrais faire de ce rêve qui me hante. De ces envies que je me donne tant de mal à ignorer, à contrer, à tuer…

 

C’est donc si difficile de se faire confiance ? De savoir pour quoi on est vraiment faite ?

 

 

Tazounette

Publié dans : Babillages et discours... - Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Lundi 23 mai 2011 1 23 /05 /Mai /2011 14:30

 

je t'aime sur trottoir

 

 

C’est quand on parvient à rester en silence, sans aucune pensée parasite qui vient brouiller le moment de calme…

 

C’est quand le moindre instant vécu prend une valeur en soi, simplement parce qu’on a choisi ce qu’on voulait en faire.

 

C’est quand on peut regarder ses enfants et croire que c’est un peu grâce à soi qu’ils sont si bien dans leur vie.

 

C’est quand on peut se prévoir une journée entière rien que pour une activité qu’on aime, sans culpabiliser de laisser sa famille s’occuper sans nous.

 

C’est quand on croque dans un nounours à la guimauve, au chocolat blanc, J*ff de Br*ges, (ils sont mortels !!) sans se demander le rapport entre ce plaisir et ses cuisses pas si musclées que ça, et quand on se dit qu’en fait on s’en fout, parce que rien ne vaut ce plaisir là, à ce moment-là…

 

C’est quand les filles sont devant la télé et que je peux les regarder alors que je m’active en cuisine,

 

C’est quand je regarde mes filles, mon Phin et que mon cœur déborde de plein d’émotions différentes,

 

C’est quand on ne fait rien et qu’on n’échangerait notre place pour rien au monde,

 

C’est quand je me maquille le matin. Mon Phin déjà en route pour le travail. Les filles pas encore réveillées et que je m’occupe de moi.

 

C’est quand je prends un bouquin que j’ai choisi parce que précisément, là, à l’instant, j’ai une furieuse envie de lire et que j’ai le temps pour ça.

 

C’est quand j’attrape mon point de croix ou que je m’installe à la table de scrap parce que j’ai justement envie de ça, maintenant.

 

C’est quand la main de Phin se pose sur moi et qu’elle ne demande rien d’autre que de se trouver là.

 

C’est quand Phin m’embrasse. Parce que voilà, ses bisous, nos bisous, c’est un peu le nirvana qui commence…

 

C’est quand le désir nous prend avec une facilité déconcertante et que rien ne vient troubler l’harmonie…

 

C’est quand on prend le petit-déjeuner tous ensemble le samedi. Qu’on fait des plans sur la comète parce qu’on a deux jours entiers encore devant et plein de temps. Même si on a une haleine de poney et les cheveux en bataille. J’échangerai ma place pour rien au monde…


C’est quand il rentre le soir après sa journée de boulot, le sourire aux lèvres parce qu’il nous retrouve toutes les trois…

 

C’est de ne plus dormir seule

 

C’est que tous les projets nous rassemblent désormais.

 

C’est qu’il y a plein de « nous » et autant de « je » dans ces mêmes projets.

 

C’est quand il y a de la place pour tout le monde dans le jardin qu’on s’est construit

 

C’est quand jamais, jamais le moindre stress ne vient brouiller nos journées, nos moments (sauf pôle emploi, mais on s’en fout ;o)

 

C’est quand je vois le soleil se lever, la pluie tomber, l’orage approcher.

 

En fait, le bonheur c’est des milliers et des milliers de touts petits moments, qui sont enfin ceux que je voulais, ceux auxquels j’aspirais, parce que je les partage avec une personne qui sait comme moi, la chance de pouvoir vivre tous ces moments et leur accorder la même importance à tous, même quand on ne fait rien.

 

En fait, le bonheur, quand on a la chance de partager la vie de son Autre, c’est tout le temps.

 

Tout le temps. Et putain, comment c'est trop bon !!!!!

 

;o)

 

 

 

 

 

Publié dans : Babillages et discours... - Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Jeudi 19 mai 2011 4 19 /05 /Mai /2011 12:27

 

florapapillonfleurrouge-186639c

 

 

Longtemps j’ai cru que l’amour, le vrai, celui qui ne pique pas, celui qui ne plante pas d’épines au cœur, n’existait pas. Que la douceur n’était qu’une contrepartie, donnée forcément en échange d’autre chose. Les gens doux n’ont pas eu de place prépondérante dans ma vie. Ma grand-mère paternelle, celle qui faisait un micro de son aspirateur, qui transformait son ménage un concert privé en hommage à son Julio Iglésias, le plus bel homme du monde, pour elle… Celle qui nous prenait dans son lit tous les matins, le grand sac de photos sépia vidé sur son couvre-lit et qui nous parlait sans discontinuer des souvenirs de famille, tous ceux qu’elle a emmenés dans sa tombe, avec elle. Je n’avais que 10 ans. Je l’ai gardée au cœur, étouffée dans ces sanglots dont on m’a privée.

 

Mon père. Pourtant, longtemps, je lui en ai voulu d’être doux, d’être gentil et conciliant face à une femme à poigne, dure, intransigeante, aux humeurs si changeantes et à la mauvaise-foi constante. Ma mère. Je l’ai taxé de faible et loin de l’en admirer, je lui en voulais de ne pas savoir moucher ma mère. De ne pas savoir l’arrêter dans ses délires paranoïaques. J’étais trop jeune pour comprendre qu’une femme comme ma mère ne s’affronte pas de façon directe. La douceur, le calme, la patience ou le silence pour seules armes contre les colères, les yeux noirs, les mots qui fusent plus vite que la pensée… Il devait être un exemple pour moi.

 

Je sais qu’à chaque fois que je parle de moi, de mes sentiments, j’ai besoin de rembobiner, de tirer le fil depuis le commencement pour comprendre, pour expliquer que non, la vie n’est jamais figée. Elle est telle un moment et on peut lui donner une autre direction, un autre sens bien plus en accord avec ce que l’on est vraiment, en dehors de la « société » qui nous a forgée. Il n’y a pas de destin. Il y a juste soi-même et tout ce qu’on est « vraiment ». Parce que Tout part de soi…

 

A vrai dire, tout est bien parti de là. De ces 4 mots. Contenus sous d’autres mots dans une quantité de commentaires que je lisais, à m’en étourdir, sur un blog ami d’abord où Sa plume sévissait, puis sur le mien, bien longtemps après. J’avoue. L’impatiente Taz a su attendre... Sa plume et Son âme. Ces mots qui m’étaient déjà si proches. Tout part de soi, m’avait-il dit. Puis répété, au fil de mails philosophico-réalistes, au fil de nos soirées MSN puis de nos discussions lors de la mise en lumière de tant de virtualité ;o)

 

La douceur. La patience. L’humilité. Le respect infini. Le calme. La connaissance de soi. Epicurien. Il préfère hédoniste, soit… Une voix posée. Toujours égale. Il n’impose jamais. Il propose. Toujours prêt au compromis… Tant de valeurs que je croyais ne pas pouvoir être toutes contenues en un seul homme. Tant de valeurs jumelles pourtant… Et cette confiance si évidente. Que j’ai retenue longtemps par peur de souffrir. Cette confiance jamais vraiment lâchée auparavant, avec ma peur et ma crainte toujours tapies en moi. Je l’ai aimé très vite, très fort. Et j’ai lutté pour lui faire de la place dans ce cœur encore convalescent. Je lutte encore pour ne pas laisser mes peurs guider mes pas. Il m’a fait confiance lorsque je lui ai dit que la distance ne serait pas plus que des kilomètres entre nous, que tout était faisable parce que c’était évident, quoi !

 

La distance est abolie. Nous avons admirablement survécu à ces 2 ans ½ de galère. Nous partageons désormais le même nid. Le même jardin dont on a rêvé si longtemps. En se doutant de ce qu’il donnerait. L’un comme l’autre, on n’imaginait pas que ce serait si bien, si bon, si doux, si évident.

 

Je me sens bien, dans ma vie, dans mon cœur, dans notre chez nous. Ma vie se pose. Comme un papillon, sans bruit, avec une légèreté infinie. Je ne cours plus après le temps, je ne cours plus après mille choses à faire ou à penser. Je profite. Je redécouvre la vie à deux, aussi légère et douce que ce que j’avais imaginé. Je redécouvre mes filles avec du temps pour elles et beaucoup de stress en moins. Je redécouvre la lecture, ma façon de lire qui m’a tant manquée. Je redécouvre tant de choses ! Comme si tout était neuf…

 

Je vis un amour inespéré, j’aime un homme inespéré. Et c’est la première fois que le mot toujours prend un vrai sens.

 

Et aujourd’hui, je regarde mon père avec un œil différent. Et je l’admire. Je le plains, aussi, souvent… Mais je l’admire. D’aimer ma mère à ce point-là et de ne jamais changer d’avis.

 

C’est sûrement ça, le véritable amour.

 

Ne jamais changer l’autre. Le prendre tout entier comme il est et vouloir. Vouloir tout faire pour que le temps n’ait pas raison de son histoire. Malgré les obstacles, malgré la Vie. Vouloir continuer à construire. Vouloir de l’autre. Profiter de l’autre. Et composer. Composer avec soi. Avec l’autre. Le Nous. La Famille. Et trouver sa place dans chacune de ces entités pour les faire toutes vivre en soi.

 

Je L’aime. Comme jamais j’ai aimé jusqu’à ce jour. En faisant vivre cette petite lumière dans le cœur. Cette lumière qui dit seulement qu’on est enfin au bon endroit.

 

 

Tazounette

 

 


 

 

 

Publié dans : L'autre vu par... - Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires
Jeudi 24 mars 2011 4 24 /03 /Mars /2011 08:01

 

Bartoli-Stephane-Freiss

 

 

J’ai un coup de gueule à passer. Non, parce que là, franchement, c’est abuser…

 

En mai dernier, nous avons eu la joie de découvrir, un soir, un pilote d’une nouvelle série en préparation « La loi selon Bartoli ». J’ai tout de suite aimé le personnage décalé incarné par Stéphane Freiss. Et c’est pas seulement parce que je le trouve déjà craquant sans être Bartoli. Mais là, c’était encore pire. Bref. D’abord ça se passait à Aix-en-Provence. Et en bonne fille du sud, expatriée dans le pluvieux plat pays, c’était disons, ma petite rincée de soleil…

 

En plus, c’était drôle, sympa, une bonne enquête à la clé. Bref, j’avais kiffé grave sa mère. J’ai guetté pendant des mois et des mois les premiers épisodes qui devaient suivre ce pilote. Forcément, je ne pouvais pas être la seule à kiffer cette série. D’ailleurs mon Phin en est également ressorti convaincu, sûrement pas pour les mêmes raisons, d’ailleurs ! ;o)

 

Et hier, dans mes surfs journaliers (disons réguliers sur une journée ;o) sur un site people, j’ai lu un drame. Oui, je suis une adepte du torchon à potins. Pas version V*ici. Non, version G*la et consort. J’aime bien savoir ce qui se passe dans la planète stars.

 

Et donc, dans les listes des divorces, séparations, mariage du prince William et le reste, perdue dans les moult grands titres tous plus cliquables les uns que les autres, il y avait une petite ligne sur mon Bartoli préféré…

 

J’attendais les épisodes dans les jours prochains, comme annoncé et comble de malheur, TF1 avait décidé unanimement et de son plein gré soi-disant d’arrêter cette série pour mauvaises audiences… Le second épisode venait d’être diffusé (mon œil, je l’aurais vu et regardé…) et n’avait eu que 6 millions de spectateurs, contre 6.7 millions lors de la diffusion de l’épisode pilote. Cette baisse fût jugée suffisante à supprimer cette série prometteuse.

 

Je comprends ceci dit qu’une série un peu intelligente attire moins les spectateurs qu’une émission voyeuriste et vulgaire du type « Loft Story », « Carré VIIIP », ou encore « Je veux marier mon fils ». D’où mon coup de gueule. J’ai du mal avec ce genre d’émissions où les filles montrent une image si piètre de ce que doit être une femme (faire le chien pour espérer faire gagner des sous à son équipe ne me semble pas le meilleur exemple à donner à une ado…), ou encore un macho d’italien qui dit qu’en gros toutes les femmes sont des salopes et que les filles accourent simplement parce qu’il a le museau un peu plus joli que le cratère fumant de son cerveau ne me dit rien de bon qui vaille sur ce qu’on doit espérer des programmes télé à venir.

 

Je suis juste exaspérée, en fait. Qu’on nous bassine d’émissions plus débilitantes, obscènes, vulgaires où le QI dépasse à peine la longueur de jambes des pétasses qui ont réussi le casting, où les jeunes ne savent pas aligner des phrases de plus de 10 mots sans 2 ou 3 insultes (« mais ta gueule, toi, t’as vu ta tronche ! »). Des blondes peroxydées, la bouche en pneu, les seins dehors et la jupe à peine plus longue que le moteur caché dessous. Des gamins irrespectueux, narcissiques, avec le futal en bas de la raie des fesses. Et on veut nous faire croire que l’avenir, ce sont ces jeunes-là qui vont nous le faire ? Au secouuuuuuurs ! Ben, je vous l’dis, on n’est pas rendus !

 

Alors, punaise, si cette p*tain de chaîne pouvait un peu penser à des trucs un peu plus élevés que le ras des pâquerettes, ça me ferait plaisir, puis ça changerait un peu !

 

Parce que la soi-disant télé-réalité. Réalité de quoi ? On se le demande… Moi, ça me fait largement plus peur qu’un Hellraiser ou autre the Shining !!!!

 

Je pense que petit à petit TF1 devient pour moi la chaîne à boycotter. Je ne regarde déjà plus le journal de Claire Chazal, qui est triste à mourir, toujours la même tête, et le même ton qu’elle présente la guerre en Lybie ou le dernier film à voir… J’espère que cette chaîne va se casser la binette.

 

Parce que non, tous ceux qui s’installent devant la téloche, le soir pour se détendre ne sont pas des abrutis qu’on peut gaver de merd* à outrance, en essayant de leur faire croire que c’est l’avenir !

 

Ras-le-bol !

 

 

A bas les conneries, remettez Bartoli !

A bas les conneries, remettez Bartoli !

 

 

Edit : Pas plus tôt programmé cet article, je m'en vais sur Purepe*ple (on n'sait jamais, si des amateurs de potins n'ont pas encore trouvé leur terrain de jeux, je m'en vais divulguer mes sources)... Et que vois-je ? Le téléfilm passé hier soir 'Clem', qui avait rassemblé 9,4 millions de gens l'an dernier, en a rassemblé pas moins de 3 millions de moins et se trouve quand même diffusé encore lundi prochain... Je crie au scandale. On nous spolie... Hum. Arlette, sors de ce corps  ;o)

 

 

Tazounette

 

Publié dans : Ce qu'ils pensent, ce qu'on en dit - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 22 mars 2011 2 22 /03 /Mars /2011 08:02

 

52karting1 (2) 

Ayant parlé de L. et de sa subjectivité radieuse en construction, on pourrait voir, dans cet article pour A., un retour de politesse, comme un équilibrage. Il faudrait pour cela que je me sente coupable de mes mots pour L., ce qui n’est pas le cas, et de très loin, et il faudrait pour cela qu’A. ne le mérite pas en propre, ce qui n’est pas vrai non plus, et là encore de très loin. Il n’y a donc pas de préférence dans l’ordre, juste la spontanéité de l’inspiration. Et le mot spontanéité n’est pas innocent, placé là, entre ces deux petites filles et moi. Parce que nous écrivons une partie qui n’appartient qu’à nous, ni père et filles, ni grand frère et petites sœurs, ni grand oncle et petites nièces, mais juste, avec toute la fragilité et tout le soleil que cela porte, l’amoureux de maman et ces petits bouts de femme si différents.

 

A. est un petit soldat, une petite fourmi, courageuse, industrieuse, maline, un petit arbre au bois de droit fil, qui pousse tout droit, qui veut pousser tout droit, obstiné, consacré à cela, sensible à tout ce qui l’entraverait dans ce but. A. ? C’est la vie simple à l’œuvre dans ce qu’elle a de pur et d’honnête. A., c’est une pulsion vers l’avant, vers le haut, vers demain, vers hors de soi. C’est une mémoire, une soif, une sensibilité. C’est une curiosité, un dynamisme, une volonté, une exigence, c’est une énergie libre qui se laisse à peine le temps d’apprendre à se construire, ayant hâte d’avoir fini avant d’avoir commencé, ayant hâte de l’après soupçonné de contenir le monde et ses merveilles, ayant hâte de tout ce qui la distrait de sa solitude métaphysique. A., au contraire de sa sœur, c’est une croissance hors de soi, fonceuse et écorchée, toujours inquiète de ne pas être seule, toujours inquiète de garder le contrôle, toujours inquiète de mener.

 

Pour marquer le coup, Tazounette avait organisé une petite fête (enfin petite, c’est une façon de parler, vu le nombre de gnomes) : A. et L. ont invité leurs copains et copines à jouer et goûter dans un de ces parcs de jeux indoor répandus en Belgique et qui commencent à se trouver en France. Pour quelques euros par gamin, vous avez accès au jeu pour l’après-midi, un goûter et les sirops à l’eau à volonté. Pour quelques euros de plus, vous pouvez, et cette fois-ci c’est l’option que Tazounette avait prise, réserver une salle un peu à part, à part du bruit des autres gamins, des autres tables, des autres fêtes et anniversaires, oasis de calme, point de comptage, zone neutre de repos, le temps d’enfourner trois bonbons ou de vider un gobelet de grenadine clairette ou encore de larguer un fringue, qui jupe encombrante, qui pull trop chaud, avant de retourner grimper, sauter, courir, se ramasser, bref, jouer. Rien que dans ce court laps de temps, tout A. s’exprimait comme brille, fort, une étoile.

 

Côté L. trois copines et un copain (ah Téotim…), triées sur le volet, pas plus, des petits bouts de filles comme elle, calme, parlant peu et doucement, et dont, passées les deux premières heures de nouveauté, les plus proches, une ou deux, une seule même je crois, ont fini sous une table à jouer, s’inventant des histoires, parlant, inventant, imaginant. Côté A., c’est autre chose : au bas mot quinze copains et copine, pétant le feu par la jambe de bois, bourdonnant en tout sens du début à la fin, privilégiant à la fois l’action et la variété, bourdonnant d’un jeu l’autre, éperdus, emballés, ne profitant sans doute que de l’excitation de tous ces jeux… Appareil photo à l’œil, je me livrais à un safari photo, dans cette jungle de jeux. Pas très sûr que les gamins dans l’objectif soient de notre tablée, mais bon, bref, dans le doute, je mitraillais quand-même, reconnaissant la plupart, mais, pour être honnête, pas tous. Bref. A. a été insaisissable, jamais en repos, entourée d’une nuée de gnomes suants et rouges. Je garderai l’image, pour l’avoir vu de mes yeux vu, de cette petite fille un peu plus petite que les autres, en tête d’une meute de gamins surex, criant, ordonnant, se faisant obéir pour aller jouer à ce jeu là… sitôt entamé, le jeu abandonné pour un autre, ailleurs, plus loin, en sueur, la poitrine soulevée par le souffle court et l’excitation éperdue, avec l’incandescente volonté de décider, d’être suivie, d’être le première, engagée comme si sa vie en dépendait.

 

A 16h00, je crois, le karting électrique indoor s’est ouvert. Maître des tickets, Dieu donc, l’espace d’un instant pour ces gamins dévorés par l’envie d’en faire, j’ai assisté aux différents tours. Tout le monde n’étant pas partant, comme L. notamment, jeu aux antipodes de son être, il y a eu plusieurs tours pour certains, un peu de lutte (Dieu que je suis, je suis même intervenu du haut de mon mètre quatre vingt quatre pour faire reculer des gratteurs de places dans la queue, bref). A. monte dans sa voiture en plastique, les feux verts s’allument, pied au plancher, avec quatre copines à elle, elle s’élance, dans le vrombissement poussif du moteur électrique à des pointes vertigineuses de pffffou trois peut-être même quatre kilomètres heures, facile. Départ en vrac, touchettes, queues de poisson… bref, un vrai départ en bordel. Le premier virage met tout le monde d’accord, qui dans les pneus, qui en tête-à-queue, qui miraculeusement indemne, bref.

 

Il s’agissait de faire quoi, quatre tours, peut-être cinq. Et alors que ses copines fonçaient, riaient, pilotaient, happées par le bitume la moquette, A. elle, pilotait hasardeusement son taxi en regardant derrière elle, pas par à-coups furtifs pour faire le point sur sa position, ses poursuivantes, non, elle regardait derrière elle tout le temps. Là, dans cette fraction de temps où la seule chose à faire était de faire comme on pouvait, A. était prise au piège de ce jeu, de ses copines sur lesquelles elle n’avait plus aucune action, hors de portée de parole ou d’influence, et où elle se faisait doubler, bien sûr, et copieusement même, toute occupée qu’elle était à regarder derrière elle, tapant donc à chaque virage, en entrée et en sortie, perdant du temps, de la vitesse, des relances lentes, perdant donc quasiment d’entrée et avec une violence et dans une solitude insupportable, l’assurance d’être la première, ou presque la première. Une catastrophe. En panique, mes conseils hurlés n’y ont rien fait... et de rage, d’humiliation et de chagrin, elle a explosé en larmes à l’arrivée, plantant là sa voiture, inconsolable.

 

Bien sûr que l’anecdote n’a pas plus d’importance que cela. Et soyons clairs, loin de moi l’idée d’atténuer sur elle le souvenir de cet échec cuisant. D’abord parce que ce serait prêter une importance d’adulte à ce drame d’enfant finalement commun, et parce que ce serait la desservir que d’abonder en consolation, la laissant croire par un assentiment d’adulte qu’elle devait gagner. Mais je lis là, dans ces deux anecdotes, une fragilité qui me touche, une subjectivité qui masque sa peur de ne pas être à la hauteur par une obsession d’être première et un leadership compulsif, convaincue d’être moins si elle n’est pas en tête. Je lis en elle une fissure, de ces fissures qui rendent les murs beaux, parce que finalement fragiles, parce que finalement marqués… et je lis en cette fragilité un grand danger, proie facile, disciple même pour des manipulateurs.

 

Pour L., je suis sans doute l’océan de calme qui la rassure. Pour A., à la lumière de ce que j’ai vu là, je sais qu’elle aura besoin de moi, je sais qu’elle apprendra de moi que l’on peut aller loin, très loin, en étant second, qu’il y a toujours plus fort que soi et qu’il faut faire avec, que réussir ne veut pas dire gagner, que le but n’a pas d’importance et que tout est dans le chemin, que l’instant prime, que tout part de soi, que les plus belles choses que l’on reçoit sont celles que l’on ne demande pas ou que l’on n’arrache pas, que la conquête est facile et barbare, à la portée des imbéciles alors que des alternatives existent avec soi au centre et les autres autour, ni devant, ni derrière, mais autour, qu’être seul n’est pas une honte mais au contraire la marque des grandes âmes, que le leadership ou l’ascendant sur les autres entraîne des devoirs avant les droits, qu’une seule personne, une seule, peut suffire à ne plus être seul (soupir)… et ma méthode sera l’exemple, puisque nous avons du temps (re-soupir)...

 

Viens vers nous A., ta maman et moi avons des trésors pour toi ;-)

 

Phin.

Publié dans : Babillages et discours... - Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Lundi 21 mars 2011 1 21 /03 /Mars /2011 09:23

 

meert

 

C’est à se demander si chez Meert, l’attente ne fait pas partie du truc. Vous êtes là, dans ce couloir large, moquette et peinture neuve, deux épaisses tentures de velours cachant l’accès aux commodités (si bien que vous compatissez à ces petites vieilles orientées par le serveur jusqu’ici, et qui doutent, finalement, de trouver sous pareille riches rideaux les wouawoua), et vous faites la queue dans un désordre bon enfant, mollement contrarié d’attendre, consolé et enclin à la patience par la promesse de gourmandises certaines, gourmandises dont vous avez la preuve, certaine : pour venir, vous avez traversé la pâtisserie où les gâteaux sagement alignés se sont laissés caresser pour mieux se laisser choisir, et puis il y a la vitre latérale du vestibule qui donne sur la grande salle où quelques contemporains pèchent par gourmandise, déjà.

 

Les groupes se détachent, en tête de queue, emmenés par les serveuses et serveurs en tenues idoines, chemisiers ou chemises en coton blanc, tranchant avec le reste noir de la tenue, codes désuets d’un début de siècle précédent. Vous faites quelques pas, comblant la place laissée et l’attente reprend, dans la contemplation de ces mises en plis, parfois bleutées, ces cous fripés, ces tenues impeccables, ces perles et camais, qui accompagnent les thés rituels et gourmands des septuagénaires en goguette, ou par ces tablées en famille, bi ou monoparentales, forcément un peu aisées, qui goûtent tardivement (mais après tout c’est le week-end, tant pis, on dînera un peu plus tard ce soir),  ou encore ces couples faits ou en train de se faire qui trouvent ici, dans cette promiscuité des tables, une promiscuité bien élevée (on se salue d’un mot ou d’un signe de tête en arrivant ou en partant), un anonymat social, un silence bruyant, une intimité publique.

 

Nous étions donc de ceux qui attendions, perdus dans nos pensées, trompant notre ennui en variant nos touchers l’un de l’autre, dans ces gestes compulsifs mais jamais machinaux, jamais, jamais, jamais, entrecoupant nos disjonctions (toujours trop longues) de bisous amoureux mais sages (la pelle baveuse n’a pas sa place chez Meert), de mains tenues, d’enlacements lovés. J’aime quand Elle s’abrite tout contre moi, au creux de moi, quand je la couvre, mes bras autour d’Elle, m’arrangeant toujours pour presser ses seins dans un geste convenable mais intentionnel (j’adore lui toucher les seins, ne serait-ce que d’un frôlement), la dominant d’une tête, posant d’ailleurs mon menton sur sa tête ou ma bouche dans ses cheveux pour un bisou à sens unique, donné sans contre-don, par simple nécessité de ce débordement permanent de mon être vers Elle.

 

Notre tour est venu, enfin. Manque de place ? Répartition calculée des clients par serveur ? Habile régulation des tables pour faire patienter ? Toujours est-il que nous montons à l’étage, sorte de coursive entablée ouverte sur la salle principale. Nous prenons place sur une table de deux à la lourde nappe de coton blanc amidonné. Je passe notre installation, contents, les chaussettes à rayure du Monsieur de la table d’à côté ou les chaussures rouges carmin discordantes de la Dame à cette même table, je passe sur nos conclusions définitives quant au goût sans doute particulier de leur intérieur, à en juger par ces simples détails, bref, nous commandons, gâteaux et boissons.

 

Chocolat viennois et gaufres vanille pour Elle.

Gâteau framboise passion et jus de fruits pressés pour moi.

 

Le couple multicolore s’en va, nous salue en partant, forcément, nous sommes chez Meert, un peu plus tard, le serveur nous sert, optimise sa venue sur zone en dressant à nouveau la table du couple parti. Rien que de très banal, en somme. Bien sûr que je savais où l’on était. Bien sûr que j’avais reconnu l’endroit, l’escalier, l’étage. Bien sûr que le moment associé, notre première journée, notre première rencontre, m’était revenu (comment l’oublierais-je ?). Bien sûr nos mots, nos regards et nos touchers m’étaient revenus, revenus de pas très loin, revenus de cette zone si proche, de ce noyau à la fois profond aux étrangers et à fleur de peau, ou plutôt à fleur d’âme, pour ceux qui nous connaissent, où l’on cache ses blessures, ses trésors, ses rêves. Bien sûr que ma raison savait tout cela. Mais malgré tout cela, ou il serait mieux de dire, en plus de tout cela, j’ai eu, non pas un flash, brutal et sec, mais plutôt comme une montée, une bouffée lente de conscience, comme ces choses que vous savez de raison mais qui ne s’imposent vraiment qu’avec l’emploi des sens, comme si les sens mettaient en couleur et révélaient ainsi ce que le souvenir savait déjà, libérant, ravivant l’émotion initiale, intacte.

 

Cette table de quatre, couverte par le tombé de la nappe lourde, le long de cette rambarde plongeant vers la salle principale où se mêlent mises en plis violettes et brouhaha de familles, cette table là, à quelques mètres de nous, c’était la table à laquelle nous nous étions assis il y a plus de deux ans, disons deux ans et demi (même si le demi n’a pas de sens face à l’éternité qu’il me reste à goûter à ses côtés), ce fameux dimanche pluvieux et froid d’octobre 2008, qui a vu le soleil et la lumière se lever sur mon cœur, sur ma vie, enfin.

 

C’est à cette table que je l’ai touchée, la première fois.

 

C’est à cette table que j’ai mis ma main en coupe pour qu’elle y pose sa joue fraîche. C’est à cette table que j’ai touché la peau douce de son bras nu, sa chaire appétissante et que j’ai senti la vie fluer sous mes doigts, une vie que j’avais envie de tenir là, contre ma peau, sous mes doigts, indéfiniment, pour toujours déjà ? Oui, déjà, dans ces simples gestes, l’intention de toute une vie. C’est à cette table que nos mains se sont rencontrées, sensuelles, oui, érotiques, certainement, pornographiques, déjà, mêlant nos doigts dans un mélange de timidité, de caresses, de jeux, de baises déjà, oui, dans leurs évocations. C’est à cette table que le temps s’est mis à passer, non pas plus vite, mais plus utilement, avec plus de saveur, tout simplement avec de la saveur.

 

C’est à cette table que j’ai senti, à presque quarante ans, ma chrysalide craquer enfin.

 

C’est à cette table que je suis né, homme.

 

Phin.

Publié dans : Petits péchés, grands moments... - Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Jeudi 17 mars 2011 4 17 /03 /Mars /2011 10:04

 

filles roanne

 

Comme vous le savez peut-être, ou pas, je travaille à mi-temps jusqu’à la fin de la semaine prochaine, où ce sera, enfin, la quille ;o)

 

Comme vous le savez peut-être, ou pas, les louloutes sont parties en vacances chez « mamou » et « papou », pour attendre, tranquillement et sans stress que le déménagement soit effectué.

 

Comme vous le savez peut-être, ou pas, je suis du genre émotive.

 

Hier après-midi, j’étais devant ma télé, dans mon mini canapé, lovée pour commencer une dure après-midi de scrap, et je zappais. A la recherche du programme qui allait me permettre de me détendre.

 

Début d’après-midi, évidemment, pas grand-chose à se mettre sous la dent, entre Télé-achats version wallone, les inénarrables Feux de l’amour, ou Toute une histoire. Y’a pas photo. C’est le troisième que je choisis. Bon, évidemment Toute une histoire sans Delarue et avec Sophie Davant, c’est un peu comme un pot-au-feu sans tranche de lard : c’est fade. Surtout que la  bonne dame a eu la bonne idée de se faire tendre un max, ou botoxer, ou mettre un peu de silicone sur la bouche, bref, on la reconnaît grâce au blond platine dans tous les sens, mais elle a un peu perdu de sa superbe, si tant est qu’elle n’en ait jamais eue.

 

Bref. En plus en animatrice elle est à zapper, en fait ! Elle reste pendue à un détail insignifiant, raconté par un des invités et le répète à qui mieux-mieux, bref, légèrement soulante, quoi. Toujours est-il que le thème du jour était « Je n’ai pas eu le temps de me rendre à la maternité pour accoucher ». Le truc bien trash qu’on aime bien regarder juste après une bonne assiette de pâtes…

 

J’écoute les aventures de chacune, quand une grand-mère entre sur le plateau en tenant par la main la petite fille dont la maman venait juste de raconter la naissance épique. J’ai regardé ce petit bouchon d’environ 4 ou 5 ans, les cheveux tombant sur ses épaules, la petite frange ramenée sur le côté, les grands yeux interrogateurs et le pouce en bouche. Et là, d’un coup, l’émotion dans la gorge à son paroxysme. Là, simplement en regardant ce petit cœur qui me faisait tant penser à mes deux réunies. J’ai pleuré.

 

Oui, bon, je suis un peu sensible ces temps-ci...

 

 Du coup, forcément j’ai zappé…

 

Ils n’ont pas idée aussi, de mettre de tels programmes à faire chialer dans les chaumières, en pleine après-midi !!!

 

 

 

Tazounette 

 

Publié dans : Mieux vaut en rire... - Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés